Bien avant l’ère d’internet, des réseaux wifi et autres smartphones il existait un outil qui permettait de naviguer sur « des sites ». Pour ceux qui sont de la génération des années 1980, vous l’aurez compris, nous parlons bel et bien du Minitel. Le Minitel proposait un service de messageries roses sur lesquelles on pouvait trouver des petites annonces. Parmi ces annonces, certaines étaient rédigées par des pédophiles. Ces messageries roses appartenaient à des journaux de la presse d’État.

Le Minitel, qui ressemblait plus ou moins à un ordinateur, permettait de se connecter au service Vidéotex afin de vous diriger vers des pages contenant du texte et des illustrations simples. Le Minitel proposait bien des services : se rendre sur le « site » de votre cinéma, acheter des billets de train ou encore consulter l’annuaire avec le numéro que les anciens connaissent, le 3611. Mais il permettait également de se connecter à des sites de rencontres et c’est ici que nous nous arrêtons afin de creuser un peu plus le sujet. De nos jours, internet est un terrain de chasse pour les pédophiles et nous allons voir que le Minitel l’était également à une époque qui n’est pas si lointaine.

Louis Mexandeau (1931 – 2002)

C’est Louis Mexandeau, homme politique de gauche, qui a inauguré le service Télétel en 1982 alors qu’il était Ministre des PTT. Rapidement, une nouvelle vague de pornographie s’est immiscée dans les foyers français via le Minitel et les messageries roses. Il faut tout d’abord comprendre que la prostitution était au coeur des débats au début des années 1980. Le problème des magazines pornographiques qui pullulaient dans les kiosques est aussi à prendre en compte. En plus des journaux dits hétéros, on pouvait déjà trouver, à l’époque, des magazines homosexuels ainsi que des revues pédophiles. Autre fait à bien assimiler, c’est également en 1982 qu’éclate l’affaire dite du Coral. Le Coral était un lieu de vie fondé en 1977 par Claude Sigala et son épouse Marie à Aimargues dans le Gard. Le Coral accueillait des personnes en difficulté (enfants, adolescents, adultes, personnes autistes ou souffrant d’un retard mental léger, psychotiques, cas sociaux, pré-délinquants). Ce foyer est fondé 9 ans après la révolution sexuelle de 68 et proposait à ses résidents une éducation alternative. En 1982 une sombre affaire de viol d’enfant éclate au sein du lieu de vie, on parlait même de l’implication de hautes personnalités. Rappelons que cette affaire est liée de manière directe au fameux dossier des CD-ROM de Zandvoort via un cliché intitulé cliché numéro 9, sur lequel on aperçoit l’ancien juge pour enfants Jean-Pierre Rosenczveig en fâcheuse posture avec un petit garçon. Dans cette affaire du Coral on parle d’une liste de 340 personnalités (dont Jack Lang et Gabriel Matzneff) liées de près ou de loin à cet affreux dossier.

Alertée au début des années 1980 par de possibles dérives sur les réseaux du Minitel la Brigade des Stupéfiants et du Proxénétisme s’équipe d’une dizaine de Minitels afin de vérifier les sites de petites annonces et les messageries roses. Comme le révèle l’excellent ouvrage de Yann Moncomble «La politique, le sexe et la finance» : «Les résultats n’ont pas tardé… Un pédophile connu dans les milieux du showbiz, metteur en scène de vidéo-clips, qui se faisait appelé Philippe au 45.32… à Paris, et donnait des rendez-vous devant le Fouquets était appréhendé chez lui, où les policiers découvraient toute une collection de photos pornographiques de jeunes garçons mineurs, prises dans son appartement».

En 1987, lors d’un débat sur le budget des PTT, François d’Aubert, député de la Mayenne entre 1978 et 2002, tire la sonnette d’alarme concernant les messageries roses. Il fournit une liste sur laquelle figure des petites annonces trouvées sur ces fameuses messageries roses, et ces dernières sont sans équivoque : des pédophiles déposent des annonces dans le but de trouver des petites proies. Ils proposent même aux parents de les rémunérer. Sur la page 3615 POM : «Recherche gamine de 14 ans pour… Si une femme en difficulté financière, je pourrais l’aider si elle veut me confier sa gamine, discrétion assurée». D’autres exemples sont cités. François Porteu de la Morandière, homme politique du Front National, déclarait à ce même débat sur le budget des PTT : «Les exemples cités par M. d’Aubert montrent que les pires turpitudes s’étalent en public. Je l’ai d’ailleurs vérifié moi-même un quart d’heure avant de venir ici. En cinq minutes, cet après-midi, j’ai vu plusieurs propositions s’adresser à des jeunes de moins de quinze ans. Que fait le parquet ? Quand va-t-il se décider à poursuivre ?» Gérard Longuet, à l’époque Ministre chargé des Postes et Télécommunications rétorquait : «Je reconnais bien volontiers que la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Mais le libéral que je suis reste convaincu que chacun doit prendre ses responsabilités. La Commission Paritaire de la Presse, sans l’autorisation de laquelle il n’est pas d’accès au 3615, le Parquet et la CNCL, auprès desquels doivent être déclarés les services télématiques et qui ont donc la possibilité de connaître le contenu ; les élus locaux, responsables de l’affichage sur la voie publique ; enfin, puisque ce sont surtout les enfants que nous voulons protéger, il serait anormal de ne pas mettre les parents à contribution». C’est à ce moment qu’intervient Louis Mexandeau précédemment cité : «Sur 47600 serveurs, l’écrasante majorité présente une utilité économique et sociale avérée, que nous envient les autres pays ! Et nous dérapons en séance sur les fantasmes de quelques obsédés du Front National ! Je n’ai jamais eu, personnellement, la curiosité malsaine de consulter les messageries roses, mais d’autres, semble-t-il, y mettent quelques complaisance… S’il y a des agissements répréhensibles, qu’on les réprime ! Mais il est à peine plus moral de les taxer que de frapper d’impôt le proxénétisme qui s’exerce en pleine rue.» Louis Mexandeau, avocat pour le proxénétisme sur le Minitel ! Il était pourtant membre de la Ligue des droits de l’homme…

Les hommes de gauche ne voulaient pas se mêler de ces affaires de pédophilie, et pour cause, la plupart du temps des journaux de gauche se trouvaient derrière les messageries roses les plus tordues. Parmi ces canards : Libération, le Nouvel Obs (qui en tirait le tiers de ses revenus) ou encore Le Parisien. Libération possédait les messageries cochonnes TURLU et LIBE. Le Nouvel Observateur ALINE, JANE ainsi que MAUD. Le Parisien possédait BALMA. Trois animatrices radio que sont Carole Varenne, Evelyne Leclercq et Fabienne Egal étalaient leurs fantasmes sur le réseau BALMA. Le Nouvel Obs figurait en tête au nombre de connections mensuelles qui dépassaient les 20 000 heures. Voici un autre extrait du livre de Yann Moncomble : «Le Nouvel Observateur fait partie du peloton de tête des messageries roses. Ses connections dépassent les 20 000 heures. Son savoir-faire dans le métier est reconnu, au point qu’en décembre 1988, échaudé par les pertes de sa filiale Laser Communication Plus, Havas décidait de regrouper ses activités télématiques avec celles du Nouvel Observateur.» Le Canard Enchaîné révélait que c’était Mme Perdriel, femme de Claude Perdriel, qui dirigeait Press Invest qui gérait les incitations à la débauche via les messageries roses du Minitel. Claude Perdriel était propriétaire du Nouvel Observateur via sa société Groupe Perdriel qui possède plusieurs journaux actuellement (Sciences et Avenir, Challenges et dans les années 1970-1980, le quotidien Le Matin de Paris, ainsi que, de sa création en novembre 1964 jusqu’en avril 2014, Le Nouvel Observateur).

Image tirée de l’article du journal Libération intitulé « Apprenons l’amour à nos enfants », illustré par l’artiste Bazooka, père du cinéaste Kim Chapiron.

Le journal Libération fut condamné en 1979 pour outrage aux bonnes mœurs après avoir rédigé des petites annonces provocantes. Une semaine plus tard le canard était une nouvelle fois condamné pour des articles faisant l’apologie de la pédophilie. Ce qui n’arrêta pas Jean-Luc Hennig qui créa un supplément à Libération sous le nom de Sandwich dans lequel une rubrique était intitulée « sur le lit des français » par « le gay sanglant ». Rappelons que les illustrations pédophiles du journal Libération étaient signées par « l’artiste » Bazooka, père du cinéaste Kim Chapiron dont le premier long métrage, tourné lorsqu’il avait 13 ans, était « un savant mélange de science-fiction et de zoophilie » dixit Thierry Ardisson. Retrouvez ci-dessous des photographies des pages du livre de Yann Moncomble qui vous permettront de faire des liens entre les messageries roses et les journaux de la presse d’État. Pour une meilleure visibilité enregistrez les images et zoomez.

 

Les Télécommunications comme le réseau 3615 faisaient des chiffres d’affaires de 17 millions de francs en 1984, 278 millions en 1985, 822 millions en 1986 et 1 300 millions en 1987 avec une part de 60% des recettes grâce aux messageries roses. Les PTT étaient donc coupables dans ce trafic et nos gouvernants étaient les premiers complices. En rappelant bien que ces messageries roses diffusaient des annonces rédigées par des pédophiles qui cherchaient des victimes, moyennant rémunération aux parents. Aujourd’hui les choses n’ont guère évoluées puisque l’on peut retrouver des pages pédophiles sur Facebook et des prédateurs sur de nombreux sites de rencontres.

 


Source : Yann Moncomble, La politique, le sexe et la finance. Chapitre VI : Prostitution, tapinez 3615