Voici un texte, ou plutôt un article, qui vient de la « blogosphère maçonnique ». La Maçonne (qui tient un blog) a rédigé ce billet pour le blog Le Myosotis. On y découvre que les francs-maçons ne se cachent point. Ils parlent entre eux d’ésotérisme et de secrets des arcanes.

Propos intéressants puisque nous nous évertuons à rappeler que les maçons baignent dans un monde bercé par le secret. Elle y parle aussi des deux types d’ésotérisme qu’elle distingue, à savoir : l’ésotérisme de surface (l’étude symbolique) et l’ésotérisme de profondeur (entrer en harmonie avec l’univers). Enfin, La Maçonne explique qu’elle prône l’athéisme et que « les fidèles » de la maçonnerie ont œuvré dans le complot contre l’Église (ces fidèles d’Amour, ainsi qu’ils se nommaient entre eux, se communiquaient leurs pensées, leurs espérances, leurs craintes, en concourant, à divers degrés, au développement de la vaste conspiration formée au moyen âge contre la Rome papale et qui aboutit à la Réforme du XVIe siècle). Vous verrez que dans son chapitre sur la science et l’ésotérisme elle insiste bien sur la religion et non pas les religions, ce qui renvoie à ce que nous disons : la franc-maçonnerie est opposée à la seule et unique véritable religion, à savoir le catholicisme.

Vous remarquerez que son billet se termine par « Lilithement vôtre». Lilith étant la démone de la luxure et une voleuse d’enfant. Les anti-catholiques aiment raconter que Lilith était la première femme d’Adam. Mensonge, il n’est nullement question d’une certaine Lilith dans l’Ancien Testament comme première femme du premier homme. Etrangement, c’est dans le Talmud (mais aussi dans la kabbale) que nous retrouvons cette Lilith. Rappelons que le Talmud est anti-chrétien à bien des égards.

Extrait concernant Lilith : « D’après le Talmud et la Kabbale du judaïsme, la véritable première femme d’Adam, Lilith (en hébreu : לילית), fut répudiée, puis chassée du paradis par Yahvé, parce qu’insoumise à son époux, et sexuellement libérée. Diabolisée, elle est désormais en enfer la concubine des démons, incarne l’appétit sexuel féminin, et est la reine des succubes, ces démons féminins qui vampirisent l’énergie sexuelle des hommes dans leur sommeil. Elle est un avatar déchu de la grande Déesse-Mère universelle.»

Maintenant, je vous propose de lire ce manifeste qui vient tout droit des blogs maçonniques pour vous faire une idée de ce qui trotte dans la tête d’un membre des loges de la contre-Eglise.

Pour les lecteurs de mon site qui souhaitent se faire une idée de la destruction de l’Eglise par la franc-maçonnerie voici deux livres que je vous recommande :

«La conjuration antichrétienne» par Mgr Delassus et «Le complot contre Dieu» de Johan Livernette.

Source : Le Myosotis du Dauphiné Savoie (Ce qui se trouve sous la mention « source » n’est pas la propriété du site En Direct du Chaos)

Une petite révolution aujourd’hui sur le Myosotis du Dauphiné-Savoie : pour la première fois depuis sa création, il donne la parole à une sœur, oui, vous avez bien lu, à une femme, ces créatures bizarres, que nous comprenons si difficilement, mais qui pourtant, nous sont tellement indispensables (si, si !).

Pas à n’importe quelle sœur. A notre sœur La Maçonne, dont le blog a, depuis sa fondation, acquis une position incontournable au sein de ce que certains appellent la « blogosphère maçonnique ».

Cette situation ne doit rien au hasard. Par ses analyses fouillées, documentées, La Maçonne a prouvé qu’elle peut aborder les sujets (maçonniques) les plus divers de la manière la plus intelligente qui soit, démêlant parfois les fils les plus emmêlés des situations que certains dirigeants compliquent délibérément pour mieux tromper leurs ouailles.

C’est ainsi que, appartenant pourtant au courant de la franc-maçonnerie libérale et féminine, elle a par elle-même compris où étaient les vérités et les mensonges dans la crise compliquée qui a secoué le paysage maçonnique français il y a quelques années, ne se laissant pas impressionner par les insultes et pressions qui fusaient à son encontre au fur et à mesure de ses articles. Au contraire, elle n’en a que plus appuyé ses analyses par des documents à l’authenticité incontestable en guise de preuve, ce qui a plongé quelques dirigeants d’obédience dans l’embarras, leur mensonges et manipulations apparaissant aux yeux de tous. Ceux-ci, au lieu de s’excuser, lui en ont tellement voulu que pour la faire taire, ils sont allés jusqu’à menacer de supprimer le financement d’un symposium ou elle devait prendre la parole.

Les dirigeants de sa propre obédience cédant aux pressions des précédents, sont allés jusqu’à faire en sorte qu’elle soit exclue. L’affaire est portée devant la justice maçonnique de cette obédience, et pourrait aboutir en justice civile, à défaut de décision juste.

Tout cela ne fait que mieux mettre en relief l’action de La Maçonne : de manière intelligente et sensible, elle porte les valeurs humanistes et de justice de la Maçonnerie, elle s’attache à la vérité même quand celle-ci n’est pas la sienne (cf : la GLNF) et fait montre de courage, face aux terribles pressions et campagnes de calomnies dont elle fait régulièrement l’objet.

C’est pour cela que le Myosotis du Dauphiné-Savoie est très fier qu’elle accepte d’intervenir dans ses colonnes.

Bien-sûr, la vision qu’elle développe ci-dessous, est éloignée de celle que mes lecteurs peuvent lire habituellement sur ce blog. Bien-sûr. La Maçonne exprime une vision qui est la conséquence de son vécu au sein d’une maçonnerie libérale. Elle est athée, c’est son droit. Nous avons une autre sensibilité, basée sur notre foi dans le G.’.A.’.D.’.L.’.U.’., et sur la Tradition qui nous est transmise depuis des siècles. Mais il n’est pas inutile de confronter nos approches, car sur bien des points nous nous retrouvons. C’est en tout cas ce que j’éprouve régulièrement devant ses différentes prises de position.

Mais tous, nous pouvons lui être reconnaissants : pour adapter une phrase du Talmud, bénie soit celle qui donne à penser !

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FRANC-MACONNERIE, INITIATION ET ESOTERISME.

 

Notre frère Fidèle d’Amour m’a offert la possibilité de publier un article sur son blog.

Saluons son courage et son abnégation !

Je pouvais ainsi traiter d’une leçon de féminisme ou, pire encore, faire une étude sur l’athéisme à l’intention des « réguliers ».

Comme je sais très bien le faire sur mon blog « la Maçonne », je vous propose ici un travail que je ne publie pas sur mon blog…

« L’écrit fige la pensée ». C’est ainsi que l’écriture était considérée par les Celtes. Ce qui signifie que ce que j’écris aujourd’hui, je ne le penserais peut-être pas demain – du moins pas en totalité, pas sous cette forme, pas sous cette condition. La pensée évolue.

C’est d’ailleurs, en partie, pour ce motif que je réserve ce genre de travail et de sujet à la loge – car même si le texte est écrit, il est lu et tout autant volatile.

Or, les circonstances ont fait que je suis « une maçonne sans loge » comme, on le sait, l’ont été dans le passé d’autres avant moi. Cet état n’empêche nullement la continuité d’une démarche initiatique. Si une loge pouvait la nourrir, permettant d’éviter un effet d’épuisement, ma démarche est exclusivement de mon fait.

 

Je suis, par ailleurs, convaincue que la franc-maçonnerie possède une base commune qui permet de réunir, d’unir, d’associer, qui font que « nous nous reconnaissons », qui ne sont pas des landmarks, Anderson, un rituel… Il y a « autre chose » qui est impossible à définir. C’est de cela que traite mon article afin de tenter d’en cerner, au moins, les contours.

 

La franc-maçonnerie, un ésotérisme à part entière ?

 

De temps à autre, j’affirme sur mon blog que la franc-maçonnerie est ésotérique, sans jamais l’expliquer. Comme aucun contradicteur ne hurle, je n’ai jamais souhaité présenter ce qui me conduit à cette étonnante (?) conclusion. Pour Pierre A. Riffard, (in L’ésotérisme, éditions Robert Laffont, bouquins), une société ésotérique (ou une pensée ésotérique) se structure par plusieurs éléments :

  • le secret, ce qu’il appelle la discipline de l’arcane, qui consiste à cacher le mystère, d’une part en écartant le profane, et d’autre part en occultant le message,
  • et présente un certain nombre d’invariants , dont je retiendrais :
        • Une opposition entre le profane et l’initié autrement dit le « Sacré »,
        • L’impersonnalité de l’auteur du message, (les rituels ne sont pas signés),
        • La croyance au « subtil » qui est la chose cachée, qui n’est ni visible, ni invisible juste voilée,
        • L’analogie (et les correspondances), ce qui serait pour nous « le symbole »,
        • Le nombre (n’avons-nous pas des « nombres » … dès notre plus jeune âge ?),
        • Les sciences et arts occultes, (long débat que je n’engagerai pas ici …),
        • Et bien sûr l’initiation.La franc-maçonnerie posséderait, ainsi, tout ce qu’il faut pour être un ésotérisme à part entière.La difficulté de l’analyse de la franc-maçonnerie en tant que société initiatique est qu’elle est aussi une structure sociale, composée d’individus, qui ne sont pas nécessairement dans une démarche ésotérique et initiatique dont on détermine d’ailleurs mal les éléments, faute d’analyse de ceux-ci et un certain refus d’y voir, effectivement, cette dimension ésotérique. On peut, effectivement, considérer que la franc-maçonnerie est un catalogue d’ésotérismes plus anciens. Or, elle est « spéculative » non pas au sens profane du terme, mais au sens ésotérique. Pour exemple, l’alchimie peut être opérative (avoir un laboratoire et faire des expériences) ou spéculative (d’utiliser les textes et grands principes alchimistes pour construire une réflexion/médiation).

Refus de doctrine. Ésotérisme de surface. Ésotérisme de profondeur.

 

« On retrouve cette idée que l’ésotérisme n’est pas une doctrine : il est moins la doctrine des analogies que la réalisation des concordances. L’ésotérisme ne semble prendre signification que dans la perspective ou derrière la quête de connaissance on découvre une homologie en œuvre. […] L’ésotérisme de surface est l’analogie ; l’ésotérisme de profondeur, c’est la syntonie. » (In « l’Esotérisme » de Pierre A. Riffard).

 

L’absence de doctrine est la base de l’initiation et de toute société initiatique. Ce n’est pas, pour moi, de discuter si une doctrine est bonne ou mauvaise, juste ou fausse, inoffensive ou dangereuse. Peu importe leur fond, l’initiation et l’ésotérisme ne peuvent en supporter aucune même si elles peuvent les utiliser toutes.

 

Un exemple tout simple (ou presque). Les athées (dont je suis) considèrent que la science expliquera tout, tôt ou tard, faisant reculer la religion à des confins obscurs et oubliés de l’humanité. Aujourd’hui, la science – même si on ne peut réfuter ses avancées dans tous les domaines – n’explique pas tout. On constate qu’il y a entre l’élément scientifique une grande part d’hypothèses basée sur des croyances. Les médecins considéraient jusque fin des années 1970 que les nourrissons ne connaissaient pas la souffrance. Selon eux, leurs systèmes nerveux signalant la douleur n’étaient pas terminés et, de toute manière, ils n’avaient ni conscience, ni souvenir d’une opération à vif. Ainsi, on opérait des nourrissons sans anesthésie les laissant hurler sur les tables d’opérations en les attachant soigneusement. Ils n’étaient pas traités non plus pour juguler les douleurs …. C’est seulement à partir des années 80 qu’il a été observé que les nourrissons traités contre la douleur guérissaient mieux que les autres. Bien évidemment, l’hypothèse qui estimait qu’un bébé ne pouvait pas ressentir la souffrance physique est basée sur une perception sociale du bébé comme étant un non-être, un être indéfini …. Un humain « en devenir », donc pas encore humain. Il n’y avait aucune preuve scientifique qui laissait penser que le système nerveux à la naissance n’était pas « complet » ou « terminé ». Il s’agissait, tout au plus, d’une hypothèse médicale.

Ceci pour expliquer qu’il y a nécessité de relativiser la science en tant que modèle de pensée ou de société – voir même que la science repose à la fois sur des doctrines, des croyances établissant des hypothèses scientifiques. Ainsi, lorsqu’un athée estime de son côté que la science peut tout expliquer – la question n’est pas que ce soit vrai ou faux – la question est que cela n’est pas le cas, qu’en sus la science repose aussi sur un système de croyance, et que donc, l’athéisme – s’il engendre un scientiste – est aussi basé sur une doctrine.

Cela soulève aussi une deuxième particularité qui apparaît dans la construction de la pensée ésotérique, que j’expliquerais plus avant : il n’existe pas de modèle de pensée supérieur à un autre.

 

Pour en revenir à la définition de Riffard, deux « pratiques » ésotériques, qui ramenées à la franc-maçonnerie, peuvent se traduire ainsi :

  • L’ésotérisme de surface est le symbolisme – l’étude symbolique puisque se contentant de décrire, réfléchir sur les symboles – souvent d’ailleurs en les prenant un derrière l’autre de manière isolée. Cet « ésotérisme de surface » fut remis à l’ordre du jour par Oswald Wirth au début du 20ème siècle au sein de la très sociétale Grande Loge Symbolique Écossaise dont il était membre.
  • L’ésotérisme de profondeur consiste à entrer en harmonie avec l’univers, d’être en fusion avec ce dernier. Comme le mot « syntonie » est un mot aujourd’hui utilisé pour le son, je peux ajouter à cette brève définition « être sur la même longueur d’onde » que l’univers.

Le lecteur et la lectrice pourront se dire que la promesse de l’initiation est bien maigre se trouvant tout autant dans une religion ou une philosophie, voir un mode de vie quelconque. De nos jours, le web permet de combler n’importe qui. Il propose autant de tests, de méthodes en 5 points, pour « entrer en accord avec l’univers ». Or, toutes ses offres sont basées sur des doctrines.

 

Si la définition de Riffard est séduisante, je préfère, quant à moi, parler d’état : l’état symbolique conduit à un autre état d’entente et d’accord avec l’univers – à défaut d’obtenir un autre état : celui de compréhension complète de ce dernier comme son origine et sa finalité.

Ainsi, si on compte bien, il y aurait deux façons d’être « ésotériques » et de concevoir l’initiation en franc-maçonnerie. Il existe peut-être une troisième.

 

Les revendications de francs-maçons sont connues : un retour à une démarche spirituelle, plus de symbolisme, plus de sociétal, plus de modernité ou plus de tradition, ou encore moins de ceci ou de cela…. Or, quoique puissent être ces revendications, rien n’interdit à un frère ou une sœur de suivre la démarche qu’il ou elle souhaite puisqu’elle demeure de l’ordre de l’intime et du personnel.

Au pire des cas, c’est une typologie de planches qui peut être interdite … et encore !

La totalité de ces revendications sont doctrinales. Il ne s’agit pas, au travers d’elles, de constater une impossibilité pour soi de mener une démarche spécifique mais de vouloir en imposer une (la sienne) à tous et toutes.

Jamais d’ailleurs, il n’est réclamé ou souhaité plus d’ésotérisme en franc-maçonnerie. En franc-maçonnerie libérale et adogmatique, le mot est tabou depuis que la commission parlementaire anti-secte de 1995 a fait une liste de soi-disant sectes y mentionnant l’AMORC. L’injustice faite à l’AMORC a été reconnue. La justice française comme d’ailleurs les gouvernements successifs ont reconnu que toute insinuations dans ce sens au sujet de l’AMORC est diffamante et mensongère. Cela n’empêche pas une catégorie de francs-maçons – dits « laïques » – d’accuser tous les francs-maçons désireux de donner à la franc-maçonnerie un caractère ésotérique d’être traités de « sectaires » !

La démarche maçonnique de ces maçons s’arrête au mieux à un « ésotérisme de surface ». Le mot « ésotérisme » est mal compris – d’ailleurs jamais prononcé – préférant une terminologie plus politiquement correcte qui a le défaut aussi de neutraliser le caractère ésotérique et toute réflexion sur le sujet.

Or, pourtant – quoique l’on puisse penser du mot lui-même – l’ésotérisme en franc-maçonnerie et une réflexion à ce sujet, à défaut d’une pratique, permettrait de réunir ce qui semble s’opposer sinon de réconcilier. On ne peut, en effet, prétendre d’un côté que ce qui différencie la franc-maçonnerie d’une association lambda est l’initiation et rejeter de l’autre ce qui constitue l’initiatique. On ne peut, non plus, postuler pour une franc-maçonnerie adogmatique en voulant imposer un caractère sociétal, spirituel, symbolique … et en déplorant soit une perte de tradition, soit un retour à celle-ci, sans jamais envisager que la franc-maçonnerie, si elle est ésotérique, n’en a cure. La difficulté d’une telle approche tient au système de pensée lui-même.

 

La discipline des arcanes.

 

La pensée ésotérique – sa construction – ne peut pas être séparée de l’ésotérisme lui-même dont une des caractéristiques est le « secret », appelé par Riffard la discipline de l’arcane et dans un langage commun, la culture du secret. Or, pour parler de secret, avoir une culture du secret, il faut encore en avoir un – de secret -. Les francs-maçons ne cessent de dire « qu’il n’y en a pas ».

 

Il y a, en fait, une erreur de fond. On ne devient pas « initié » suite à une cérémonie disponible à tous depuis l’invention de l’imprimerie. On travaille à le devenir. Ce n’est pas un secret qu’il faut cacher – qui au demeurant ne l’est pas – mais un secret qu’il faut découvrir. Ce n’est pas un sacré qu’il faut préserver, mais un sacré qu’il faut construire. Ceci ne dit pas – et je me garderais bien de le faire – ce qui est à trouver, à construire et à devenir. J’oserais dire que c’est cela « le secret » – pas un secret collectif transmis un jour pluvieux – mais un secret appartenant à l’intime. Chaque cherchant a sa propre quête.

L’initié a un job : celui de découvrir le secret. Ce secret, une fois découvert, ne doit pas être gardé et préservé pour les autres initiés, mais divulgué à toute l’humanité. En effet, on ne peut imaginer que des individus puissent posséder une connaissance sans la partager avec d’autres. Cela consiste à imaginer que si demain une découverte scientifique importante était faite, elle serait gardée, inutilisée, au fond d’un carton. Son découvreur resterait un inconnu. L’humanité n’en bénéficierait pas. Les autres chercheurs ne pourraient pas, eux, à leur tour, l’utiliser pour compléter les recherches.

« Malheur à moi si je révèle ces Mystères, et malheur à moi si je ne les révèle pas ! » (Rabbi Siméon bar Yohai) résume assez bien cette ambiguïté.

 

L’initié avait la même perception de sa mission que le scientifique d’aujourd’hui. Une attitude, en somme, tout à fait normale. Ce qui ne l’est pas est, donc, de cacher le « secret », la découverte, voire même les travaux menés. Or, le problème est que ces travaux ou ces découvertes ont été souvent ridiculisés, incompris … Les ésotéristes ont été taxés d’hérétiques, emprisonnés, excommuniés – on connaît le sort réservé au célèbre Giordano Bruno – et se protéger a été une nécessité.

Les systèmes d’occultation sont si nombreux qu’il me paraît ici fastidieux de les lister tous. L’un d’entre eux fut usité par les alchimistes qui consistaient à truffer leurs (précieux) traités sous une forme syntaxique particulière de fantaisies. Cela permettait, selon l’étude menée par Franck Greiner, de distinguer les maîtres de l’art des profanes – ces derniers ayant tendance à avaler n’importe quoi – Or, pour aller plus loin, l’une des techniques d’occultation est d’utiliser la ruse, par exemple le jeu (comme par exemple le jeu de l’oie), ou encore de se marginaliser en cachant sa vocation première en se faisant passer pour un groupe d’anarchiste, des usuriers, des libertins, … ou en ridiculisant leur œuvre, en les transformant en récit de type épopée, (on connaît le succès ésotérique des romans arthuriens) ou encore en mythe fabuleux), etc. Ces ruses permettaient d’écarter le profane, tout comme en l’impliquant dans la quête. Ce n’était pas le « secret » qui est caché – puisqu’il est dit d’une manière ou d’une autre – mais l’ésotérisme lui-même, le cœur ésotérique …

 

Des historiens se sont penchés et se penchent encore pour nous restituer les rituels « originaux ». Philippe Michel dans « Genèse du Rite Ecossais Ancien & Accepté » présente un travail approfondi dans ce sens. Ce livre montre que les souhaits de renouer avec la « pureté du rite » de certains les obligeraient à des modifications si profondes de l’esprit d’aujourd’hui que cela en est ridicule. Par exemple, les tenues dans Jakin & Boaz (1760) se tenaient autour d’une table. Brièvement, on peut citer la disparition des diacres, du frère terrible, de la « sellette de réflexion », des places des surveillants, des inversions de J&B, …. et des apparitions et disparitions successives de la triple acclamation Houzzé (ou Houzza) et de la bible (disparue en 1829 … si, si!) , comme la couleur des tabliers … ceci sans même entrer dans le détail des textes des rituels eux-mêmes.

 

Comment estimer que le « cœur ésotérique » peut (encore) exister dans des rituels maintes fois remaniés ? Ils peuvent, en effet, avoir été modifiés (et l’être encore) par ceux qui sont censés en être « écartés » (si toutefois on admet son existence). En effet, en reprenant les systèmes d’occultation, ce qui paraissait ridicule, imbécile ou même fou était peut-être ce qu’il fallait préserver. Question à laquelle je n’ai pas de réponse mais qui montre que les débats d’aujourd’hui au sein des convents, dont la plupart n’ont pas le temps matériel de travailler sur ces modifications, en sus de ne pas posséder une culture suffisante sur l’histoire de leur rituel, confinent à la bêtise. De même vouloir revenir à une prétendue « pureté du rite » consiste à oublier autant ces modifications comme l’origine de la franc-maçonnerie, que ces mêmes historiens remettent en cause (lire à ce sujet « l’invention de la franc-maçonnerie » de Roger Dachez) – qui tient au mieux de l’hypothèse pour ne pas dire du mythe.

 

Le secret n’est, donc, pas une cachotterie qui, dans ce sens, se résume à un énoncé factuel et logique compréhensible par tous. Les secrets de l’armée, de la mafia ou d’un état, ne sont que des cachotteries qui ne peuvent être comparables et comparées à l’ésotérisme. Si c’est comparable, c’est que, dans le fond, il ne s’agit pas d’un ésotérisme mais d’un exotérisme.

Le secret est un état naturel – il est secret parce que pas découvert, connu de personne – alors que la cachotterie, en sus d’être factuelle et facilement énoncée, n’est pas secrète parce qu’elle est connue de quelques- uns. Par ailleurs, le secret chez l’ésotériste n’est compréhensible que par lui – peu importe la forme qu’on lui donne, ses divulgations ou ses occultations. Or, les secrets militaires ou d’un état le sont de tous sans nécessité l’analyse d’une épopée ou d’un symbole.

Pour faire une analogie, le secret est autant ce qui est dans la boîte que la boîte elle-même, le fond comme la forme, le contenant et le contenu. Ce qui est visible est l’invisible.

 

En franc-maçonnerie, il est évident que cela s’est complètement perdu. Le secret est devenu une cachotterie, empruntée et ridicule, associée à tout et n’importe quoi, faisant encore recette. Il peut être le budget d’une obédience comme une circulaire d’un grand maître sur l’organisation des agapes ! En effet pour avoir un secret – donc quelque chose à cacher – il faut, à la base, avoir découvert quelque chose.

La pensée ésotérique.

 

Or, l’initié ne découvre rien. Nous dit-on.

Du moins, est-ce nous pouvons en être certains ? Ce n’est pas parce que nous – francs-maçons du 21ème siècle – ne sommes pas capables de sortir une seule idée nouvelle que ce fut toujours le cas ! L’alchimie a donné naissance à la chimie moderne. Entre quelques errements, il y a eu certainement de la part des alchimistes – qui considéraient que la chimie était une partie de leur science – quelques découvertes notables et suffisantes. De même, c’est encore Paracelse, un ésotériste à part entière, qui a modernisé la médecine. Si aujourd’hui Newton est classé parmi les savants – au sens moderne du terme – n’était-il pas plus un ésotériste ? Il fut alchimiste, l’ayant étudié durant 30 années, et ayant même constitué un réseau d’alchimistes …. Son secrétaire n’était-il pas Desaguliers ? Et n’était-il pas lui aussi franc-maçon ? Bien évidemment, à part quelques historiens des sciences qui ont l’ouverture d’esprit nécessaire, ces apports de l’ésotérisme aux sciences modernes sont souvent occultés (ou décriés) faisant tout au plus office de récits fantaisistes.

Néanmoins, c’est suffisant pour relativiser le « rien trouvé » sur le front irrationnel de l’ésotérisme.

 

La divulgation constante et minutieuse des secrets (ou éléments du grand secret) a des fins strictement politiques : ils permettaient d’enseigner une connaissance, considérée comme aboutie, ou ayant un certain niveau d’aboutissement, aux non-initiés, c’est-à-dire aux profanes. Ces profanes devenant de facto les initiés, puisque possédant ainsi une connaissance commune avec les premiers initiés. Tant et si bien que l’initié d’hier est le profane d’aujourd’hui.

« L’amélioration de l’humanité » est, bien évidemment, la clef comme l’objectif de tout ésotérisme qui se respecte. Il faut, d’ailleurs, entendre, par-là, autant l’amélioration de l’humanité que celle de l’être humain. Que cette amélioration soit morale, sociale, physique, spirituelle, … peu importe, il y en a pour tous les goûts et les dispositions de chacun.

De même, plusieurs ésotérismes envisagent un « Homme parfait », comme le soufisme, le taoïsme …

C’est dans le pseudonyme de notre frère Fidèle d’Amour que je trouve l’exemple de ce qui peut être le « tout » ou « tout autre chose » que la logique, voir même la raison – qui constitue les éléments de la pensée ésotérique. Les Fidèles d’Amour étaient une société initiatique dont le plus célèbre membre serait Dante et dont le maître à penser était Guido Calvacanti (poète italien).

 

« Ainsi les symboles de l’amour pur, de l’amour divin, devinrent les symboles – d’une doctrine secrète, RELIGIEUSE et politique. Les mots prirent des acceptions nouvelles, obscures pour le vulgaire, connues des seuls adeptes. Ou n’en saurait douter en lisant les poètes gibelins de l’époque de Dante. Sous des formes convenues, mystérieuses, ces fidèles d’Amour, ainsi qu’ils se nommaient entre eux, se communiquaient leurs pensées, leurs espérances, leurs craintes, en concourant, à divers degrés, au développement de la vaste conspiration formée au moyen âge contre la Rome papale et qui aboutit à la Réforme du XVIe siècle. Les lettres de Pétrarque, ses églogues et celles de Boccace

ne laissent sur ce point aucune incertitude. Quelle que fût d’abord la multiplicité des doctrines et des associations différentes, le même esprit éclate partout avec les mêmes précautions de langage. Les figures de l’Apocalypse, les fictions païennes fournissent tour à tour des images sur le sens lesquelles aucun initié ne se méprenait. Le pape est l’antique serpent, etc. » explique un certain Lamennais (je présume qu’il s’agit de Robert de Lamennais, homme d’église et politique) repris par Eugène Aroux (en 1856) dans une traduction des œuvres de Dante en trois volumes… travail qui fut félicité par Guénon.

Les Fidèles d’Amour seraient le trait d’union entre l’Orient et l’Occident. Société de gens de lettres, dont on n’a pas vraiment la preuve de l’existence, on estime que s’y trouveraient : Marcile Ficin (traducteur de Platon), Pétrarque, Marguerite de Navarre et Paracelse …. On arrêtera là la liste des membres (supposés). Comme on en manquerait, les Fidèles d’Amour seraient aussi les héritiers des Templiers.

L’initiation se faisait en deux temps : 1) tomber amoureux – 2) se faire rejeter. Le mieux – pour que l’initiation soit complète – est que la jeune femme décède prématurément et brutalement (les longues maladies manquent de poésie) afin de sceller définitivement le chagrin d’amour. L’initié est, bien sûr, poète et, tout au moins, exprime son chagrin d’amour transfiguré et transcendant (forcément).

 

Le chagrin d’amour devient une expérience mystique où la bien-aimée devient un idéal – et dans le cas des chrétiens – un idéal marial. Bref, si de nos jours on soigne volontiers les chagrins d’amour à coup d’antidépresseurs, ils sont – pour cet ésotérisme particulier – à l’origine de l’initiation voir même constitue sa démarche.

Certes, cela ne donne guère envie. Cependant, ceci montre que ce qui constitue une pensée ésotérique est autant une expérience de vie qu’un sentiment heureux ou malheureux – qui, fort heureusement, n’a nul besoin d’être transcendé pour être transformé. Le second point auquel je tiens personnellement tout particulièrement est que les Fidèles d’Amour n’étaient pas des scientifiques, des savants, mais des artistes – dans notre jargon des « créatifs » – qui n’utilisaient pas un savoir encyclopédique mais une relation à l’autre, une perception du monde, de leur place dans ce monde, pour créer une pensée.

 

Une des manies des ésotéristes est de trouver ésotérique un peu tout et n’importe quoi. Du conte de fée à la simple image d’un parapluie abandonné sur la chaussée, tout est occasion d’une réflexion. C’est le fameux « tout est symbole », véritable leitmotiv, pris au pied de la lettre. Non pas que tout est symbole (quoique), mais tout peut être utilisé pour enrichir sa pensée. L’ésotérisme est irrationnel. C’est à la fois sa force et ce qui lui est reproché. Non pas qu’un ésotériste refuse la logique, la raison, mais ne considère pas que cela soit suffisant. L’ésotérisme recycle autant une intuition, un sentiment, une expérience, un souvenir, un rêve… ce qui est en haut est ce qui est en bas, et ce qui est visible est l’invisible, l’ineffable est le plus commun … du moment que ce tout soit porteur d’une idée, d’une étincelle, de quelque chose. De quoi rendre chèvre n’importe quel être attaché à la raison et au monde du rationnel.

Conclusion (ou presque)

 

Pourquoi cela peut réconcilier les tenants d’un « sociétal » ou d’un « spirituel » ? Tout simplement, parce que l’idée – le résultat – peut être n’importe quoi. L’ésotériste sait quand il commence, mais pas comment il termine sa pensée, où cela va le conduire. Du coup, déterminer que cela sera « philosophique » ou « spirituel », c’est un peu gâter la surprise – gâcher son plaisir – C’est une conception difficile à comprendre à l’heure où tout doit être maîtrisé et rien laissé au hasard – où tout doit être productif, avoir un objectif bien défini et ne pas se laisser encombrer par des détails. La pensée ésotérique est justement n’avoir pas de but, ne pas se vouloir productive, et de s’encombrer de détail.

Certaine loge fixe un temps limité à une planche symbolique (10 mn) prétextant que cela permet d’aller « à l’essentiel ». Comment peut-on imaginer qu’en 10 mn on puisse dépasser le stade de « l’ésotérisme de surface », utiliser tout ce qui est à notre portée et prétendre apporter « du nouveau » ? Comment un apprenti peut apprécier l’exercice le chrono en main et se devant de liquider les ¾ de sa pensée ? Pourquoi ne pas imposer un nombre de mots comme pour un article de journal profane pendant que nous y sommes ? Ces loges n’initient pas, elles se contentent de faire ânonner ce qui a déjà été entendu 10 000 fois auparavant.

Limiter la pensée est criminel. Que ce soit en limitant les sujets, en limitant son expression par une durée, en définissant des règles les plus absurdes les unes que les autres la censurant, pour n’importe quel initié – qui a un peu de dignité – ceci doit être combattu. L’initiation n’est pas se limiter à un pré-carré confortable, c’est aussi prendre des risques.

Si la franc-maçonnerie est en crise, c’est bien parce qu’elle a traité l’ésotériste comme un ennemi. Celui qui apportait confusion, avec son odeur de soufre, sa rébellion perpétuelle, sa quête insensée de bonheur, son besoin d’aller jusqu’au bout de ses idées, son goût pour la contradiction …

Et si, vous vous reconnaissez dans ce portrait, je vous souhaite la bienvenue.

 

Lilithement vôtre,