Avant de publier la conférence donnée le 11 décembre dernier sur la thématique des Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie, voici le texte de Karl Van Der Eyken sur le sujet.

Source : Noaches

(Ce qui se trouve sous la mention « source » n’est pas la propriété du site En Direct du Chaos)

Souvent opposée à la franc-maçonnerie dite « laïque et progressiste », la maçonnerie « chrétienne et traditionaliste » partage pourtant le même dessein, les deux jambes s’articulant vers celui-ci. Ce texte présenté lors de la conférence « Illuminés de Bavière et Franc-Maçonnerie – Mythes et Réalités », et complété lors de cette interview, démontre l’escroquerie de cette maçonnerie.

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La Rose sur la Croix (et non l’inverse) le Pélican (préfiguration du Phénix) qui se blesse pour soigner, l’Hostie et le Graal enfermés par l’Ouroboros sont à leur place… sous le Delta.

Présentation

Comment ou pourquoi devient-on maçon ? Il peut y avoir de multiples raisons, je me limiterai juste à la mienne. Intéressé depuis des années par l’histoire et la philosophie, ne connaissant pas du tout la Maçonnerie, j’étais curieux d’en savoir plus. Une Encyclopédie m’apprend grosso modo que cette institution se définit comme « un ordre initiatique traditionnel non religieux, non politique et universel fondé sur la Fraternité ». Avec une définition aussi simpliste, il est impossible d’y voir le moindre mal.

Afin d’en savoir d’avantage, j’ai acheté deux livres qui me confirmaient que la franc-maçonnerie pouvait m’apporter quelques réponses. Coïncidence ? Deux semaines plus tard je fais connaissance d’un maçon qui me parle de René Guénon. Aussitôt j’ai acheté son livre « La crise du monde moderne ». Cet essai m’avait beaucoup impressionné par la synthèse cohérente entre histoire et spiritualité. Guénon était et est toujours la « tête » du néognosticisme contemporain. J’ai dévoré son œuvre, ainsi que des centaines de pages de sa correspondance. Son œuvre avait aussi incité quelques hauts-dignitaires maçonniques à la fondation d’une loge « traditionnelle » d’inspiration guénonienne. C’est là où je voulais entrer, chose faite en 1980.

Un petit mot sur Guénon. Il écrivait avec le pluriel majesté « nous savons », et dénonçait sur ce ton persuasif des erreurs, comme par exemple et à juste titre, le panthéisme de Spinoza. Mais, c’est seulement après avoir quitté la franc-maçonnerie, et avoir repris de A à Z sa doctrine et celle de la franc-maçonnerie, que je suis arrivé à des conclusions diamétralement opposées aux siennes.

D’après le monisme métaphysique de Guénon, toute la manifestation émane du Principe, impliquant une continuité entre l’un et l’autre, concept qui s’oppose à la Création ex nihilo. La continuité entre le Principe et sa manifestation implique indubitablement le panthéisme, doctrine typiquement gnostique. Mais à cause de son panthéisme, il était inévitablement aussi transmigrationniste, comme l’atteste formellement son adhérence à la doctrine des états préhumains et posthumains 1 avec l’Âtmâ, le « Soi », qui seul transmigre 2. Cette doctrine figure également dans la Kabbale de Louria ; son disciple Hayyim Vital lui a consacré un livre, le « Traité de Révolutions des Âmes ». Avec une lecture superficielle de Guénon, on risque de passer à côté de pas mal de choses, d’autant plus qu’il a toujours réfuté la réincarnation, mais quand on regarde cela de près, sa critique ne visait rien d’autre que les théories enfantines des spirites et théosophistes. En plus, son premier pseudonyme fut « Palingenius » (régénération cyclique des êtres), donc j’aurais pu le constater bien avant. Je ne peux expliquer cette défaillance de ma part autrement que par une distorsion de l’esprit qui empêche de voir les choses telles qu’elles sont…

Je ne cherche pas d’excuse, mais la confuse déclaration Nostra Ætate (1965) – la relation Église avec les autres religions –, allait pour moi dans le même sens que l’affirmation de Guénon que toutes les religions avaient une seule et la même origine, d’où leur « unité transcendante ». Je ne pouvais donc même pas supposer qu’il s’agissait là d’une imposture monumentale.

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Tel l’« Invariable Milieu », la tortue peut se retirer du monde (tel tradition cachée dans sa conque etc.) est plus discrète sinon invisible. Et cette figure hermétique est surtout bien moins repoussoir que les autres reptiles.

La loge guénonienne et élitiste « La Grande Triade » avait, parmi ses fondateurs (1947) le GM Michel Dumesnil de Gramont, déjà plusieurs fois Grand Maître et membre du Suprême Conseil (33ème) avant la guerre. C’est lui qui a obtenu à Alger en 1943 du Général de Gaulle l’annulation des lois antimaçonniques du Maréchal Pétain. J’ai appris plus tard que Dumesnil de Gramont avait dit : « La civilisation catholique ne comprenait pas la liberté comme la civilisation maçonnique… Il n’y a pas de conciliation possible entre des principes aussi opposés, il faudra bien que l’une ou l’autre civilisation disparaisse » 3 !

Pourtant, je n’ai pas connu d’anticléricalisme. Comment est-ce possible ? C’est tout bêtement du « Eyes Wide Shut » (les yeux grandement fermés). Je ne prêtais pas attention aux communiqués de l’Obédience. Je considérais l’Obédience comme une Maçonnerie dégénérée, dont les membres ne comprenaient plus le véritable enjeu. C’est Guénon qui avait introduit cette énormité, ce qui n’était pas une énormité innocente parce que Guénon savait mieux que quiconque… Il a fait croire que les maçons « opératifs » d’avant 1717 étaient de grands initiés. Il y a encore, même actuellement, beaucoup de gens qui sont convaincus du bien-fondé de ce que Guénon « avance » ici. J’espère démontrer d’une manière convaincante l’inanité de tels propos.

J’ajouterais encore que chaque société actuelle a besoin de ses idiots-utiles, et les « dupés » ignorent ici non seulement l’enjeu doctrinal, mais également qu’ils sont au service de la construction de la République universelle selon le projet annoncé par le Chevalier de Ramsay en 1737. C’est la même catégorie de Frères qui a encore appris récemment par la presse que 28 Obédiences maçonniques avaient encouragé la migration de masse, et parmi ces Frères il y en avait aussi qui sont dans les degrés supérieurs, même très supérieurs. La franc-maçonnerie va de concert avec le mondialisme de l’UNESCO, comme l’exemple, celui du « Planning familial et eugénique » dans les années 70 l’atteste formellement. L’immense majorité des maçons n’est jamais consultée, et apprend, a posteriori, par la presse, la « pensée profonde » de leur Obédience. Comment expliquer autrement que cet « élitisme » maçonnique est fondé sur le principe des sociétés parallèles, cloisonnées selon le modèle de Weishaupt 4.

Enfin, pourquoi ai-je quitté la franc-maçonnerie ? Un apprenti attend forcément d’en savoir plus, puisque les « mystères » sont dévoilés degré par degré ; c’est pareil au second degré. C’est au 3ème degré que le maçon devient maître, et découvre le « secret » initiatique, à la condition de le comprendre, ce qui est rarement le cas. La maitrise constitue la « moelle » de la franc-maçonnerie ; même si les Hauts-Grades ajoutent d’autres éléments, sans que cela accroisse l’essentiel du 3ème degré qu’on retrouve dans un autre « emballage » rituélique comme les poupées russes. Mais quand un maçon accède enfin au 3ème degré, il aura attendu quelques années, le temps de nouer des relations personnelles et de s’enraciner…Et même, quand on s’aperçoit au bout de quelques années – comme cela a été mon cas –, que la franc-maçonnerie ne correspondait pas aux attentes, il y a d’autres raisons qui apparaissent de l’ordre d’un chantage moral, parce que la loge comptait sur toi pour… Ou, sans toi, l’effectif ne sera plus suffisant pour assurer la continuité de la loge. Que dire d’autre que c’est du chantage moral avec comme simple dilemme céder ou résister… Bref, c’est après 22 ans que l’occasion me fut offerte de claquer la porte, ce que j’ai aussitôt fait. Quel soulagement !

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« Sabotage de toute tentative de fusion entre la Grande Loge et le Grand Orient » (Synarchie de Geoffroy de Charnay, p 129)

Maintenant, je vais vous parler de l’imposture d’une Maçonnerie dite « chrétienne et traditionaliste » s’opposant à la franc-maçonnerie dite « laïque et progressiste ». C’est de la pseudo-opposition qui dissimule une finalité qui est la même pour tous. Non seulement les Obédiences pratiquent les mêmes rites (à quelques variantes près), mais en plus, et même avant tout, toutes les obédiences travaillent à la réalisation du Temple de la République universelle. Ce projet s’appelle le Noachisme et figure en toutes lettres dans les Constitutions depuis 1738 ! C’est le mondialisme !

La Maçonnerie moderne a été fondée en 1717, mais elle n’a strictement rien à voir avec les constructeurs dont elle prétend faussement descendre. Et en ce qui concerne sa doctrine, celle-ci vient du paganisme, du gnosticisme et surtout de la Kabbale. Enfin, et ce qui est le plus important pour la bonne adhésion à cette doctrine, c’est que le candidat passe au préalable par une illumination d’origine luciférienne.

Histoire de la Franc-Maçonnerie

J’ai dit que la franc-maçonnerie n’avait rien avoir avec les constructeurs dont elle prétend descendre ; voyons cela. Toutes les corporations étaient réglementées au 13ème siècle, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existait pas de réglementation avant. Le Livres des Métiers du prévôt Etienne Boileau (vers 1260) nous apprend, entre autres, que le « titre de maître n’était pas un grade dans le métier ; le maître était celui qui possédait un atelier où il commandait. De ce fait, un maître qui pour quelque raison que ce soit abandonnait son atelier, redevenait valet, c’est-à-dire ouvrier ».

Donc il n’y avait que des apprentis et des compagnons, appelés ici « valets », mais pas de maître au sens maçonnique 5 ! Les corporations avaient leurs secrets, mais il s’agissait là des secrets de métier, comme par exemple un secret d’alliage etc… Ces secrets n’avaient donc rien à voir avec les secrets mystificateurs de la Maçonnerie. Que la Maçonnerie n’ait aucun rapport ou affinité avec les corporations apparait manifestement avec la loi de 1791 du Frère Le Chapelier, loi qui porte son nom, et qui anéantissait les corporations de métier et interdisait tout rassemblement, même paysan ! Cette loi était promulguée afin de favoriser la disparition des vrais métiers au bénéfice de l’industrie de la classe bourgeoise et maçonnique qui avait pris le pouvoir…

Il y a deux manuscrits anglais qui font référence dans la franc-maçonnerie : le Regius (1390) et le Cook (1410). Le manuscrit Cooke recense la géométrie d’Euclide, Pythagore, les art libéraux, David, Salomon et le Temple, mais curieusement… ne parle pas du NT – un siècle avant la Réforme ! Ces manuscrits témoignent explicitement que la Renaissance avec le néoplatonisme, accompagné du néopaganisme étaient déjà bel et bien enracinés en Angleterre. On peut se poser la question si l’auteur était un catholique ou un gnostique, malgré l’affirmation dans le texte que le « maçon doit aimer Dieu et la Sainte Église ». Eu égard au doute, je signale que le Pr André Crépin, qui a étudié et traduit le Cook, ajoute en note à propos d’une correction apportée au manuscrit : « C’est ici qu’apparaît pour la première fois le Temple de Salomon ignoré du Regius et du Cooke I. » ! Ce qui n’empêche pas les maçons de se revendiquer fièrement de ces textes comme leurs « Old charges » (Anciens devoirs).

Avec la Réforme, la révolution est arrivée dans tous les domaines. Les corporations se sont divisées en catholiques et protestants, et il y a des Guildes visiblement influencées par l’hermétisme 6). Il y a eu des condamnations avec des procès-verbaux. Le PV de 1665 a entraîné une condamnation par la Sorbonne, ce qui nous permet de constater qu’il s’agissait d’une hérésie chrétienne. J’insiste sur « chrétienne » parce qu’il n’y avait rien de judaïque, contrairement à ce qui est le cas pour la franc-maçonnerie. En fait, tous les corporations avaient leurs cérémonies, je dirais style « bon enfant » qui, si elles ne frôlaient pas l’hérésie s’en approchaient dangereusement.

Un exemple caractéristique est celui des Bons Cousins, qui étaient forestiers, bucherons et transformaient au four les débits en charbon, d’où « carbonari ». Leurs réunions s’appelaient des Ventes. Pour leurs cérémonies, ils utilisaient du linge blanc, du sel, un crucifix, du feu, de l’eau, une couronne d’épines, des feuilles, des rubans et un four – chrétien et naïf ! Ce qui importe, dans cet exemple, c’est la parfaite similitude avec les origines de la franc-maçonnerie. Cette corporation de métier, également constituée en deux degrés avec ses cérémonies propres a été récupérée à des fins politiques et mondialistes. Le Carbonarisme a été condamné en 1821 par le pape Pie VII, et comptait parmi ses membres Mazzini, Garibaldi, Blavatsky et autres illustres figures, qui étaient tous également francs-maçons, martinistes etc. Un des satellites créés par les Carbonari, la société secrète « Jeune-Italie », est à l’origine de la République italienne. Remarquons que « jeune » et « printemps » sont quasiment synonymes, donc on pourrait aussi bien parler d’un « printemps italien », comme d’un « printemps turc » pour les Jeunes-Turcs sabbataïstes. Il y a une correspondance avec ce qui se passe de nos jours… Les cérémonies des Bons-Cousins, puis des Carbonari et des Compagnonnages ont été maçonnisées au 19ème siècle, et, depuis, prévaut aussi chez eux le Temple de Salomon.

Après avoir passé en revue les caractéristiques des corporations de métier, examinons maintenant les origines de la franc-maçonnerie. Elles sont multiples : Rose-Croix, Hermétisme, Graal, Chevalerie, Kabbale… Mais, et cela importe, toutes ces organisations ou « courants de pensée » avaient un dénominateur commun : la Gnose.

La franc-maçonnerie ou la Grande Loge de Londres a été fondée le 24 juin 1717, le jour du solstice d’été. Au solstice d’été avait lieu autrefois la fête païenne solaire, et au solstice d’hiver les Saturnales où tout était permis… Le « tout est permis », cet antinomisme, se retrouve chez Rabelais avec la loi thélémite « fais ce que tu voudras », loi perpétuée, entre autres, par l’ordre paramaçonnique Ordo Templi Orientis (O.T.O.) d’Aleister Crowley. Les gnostiques sont des mystificateurs, qui attribuent des qualités aux choses qu’elles n’ont pas. Plutarque disait déjà « le secret ajoute de la valeur… ». Et Guénon dit à propos du solstice d’hiver qui correspond à la « porte des dieux » hindoue 7 : « ce n’est pas sans raison que la fête de Noël coïncide avec le solstice d’hiver » 8. C’est faux et ahurissant ! La vérité est que le jour de la Nativité fut fixé officiellement par l’Église au 25 décembre par le pape Liberus, en l’an 354 – seulement ! Et cette date fut volontairement choisie pour se superposer à la fête païenne du solstice d’hiver – Natalis Invicti (nativité du soleil invincible) –, car le Christ seul est la véritable lumière du monde. Voilà un exemple d’une mystification ; en plus, et surtout, le christianisme n’a strictement rien à faire avec l’ordre cosmique.

La Caccia di Diana Domenichino (1617, Gallerie Borghese) – Toute rapprochement façon langue des oiseaux  avec l’Acacia, symbole de Renaissance et où la Connaissance repose en son ombre, serait purement fortuit. Quant à la demi-lune posée sur la chasseresse de l’aube, René Guénon en rappelle le sens, dans Symbolisme de la Science Sacrée  (chapitre III – Rapprochements Maçonnique et Hermétiques) : « En effet, la Lune est à la fois Janua Cœli et Janua Inferni, Diane et Hécate1 ; les anciens le savaient fort bien, et Dante ne pouvait pas s’y tromper non plus, ni accorder aux profanes un séjour céleste, fût-il le plus inférieur de tous. [1] Ces deux aspects correspondent aussi aux deux portes solsticiales ; il y aurait beaucoup à dire sur ce symbolisme, que les anciens Latins avaient résumé dans la figure de Janus. – Il y aurait, d’autre part, quelques distinctions à faire entre les Enfers, les Limbes, et les « ténèbres extérieures » dont il est question dans l’Évangile ; mais cela nous entraînerait trop loin, et ne changerait d’ailleurs rien à ce que nous disons ici, où il s’agit seulement de séparer, d’une façon générale, le monde profane de la hiérarchie initiatique. »  'Die Jagd der Diana' Domenichino, eigentl. Domenico Zampieri 1581-1641. 'Die Jagd der Diana', 1617. Öl auf Leinwand, 225 x 320 cm. Rom, Galleria Borghese. E: 'Diana's Hunt' Domenichino, origin. Domenico Zampieri 1581-1641. 'Diana's Hunt', 1617. Oil on canvas, 225 x 320cm. Rome, Galleria Borghese. F: 'La Chasse de Diane' Domenichino, Domenico Zampieri dit 1581-1641. 'La Chasse de Diane', 1617. Huile sur toile, H. 2,25 ; L. 3,20. Rome, Galleria Borghese.
La Caccia di Diana Domenichino (1617, Gallerie Borghese) – Toute rapprochement façon langue des oiseaux avec l’Acacia, symbole de Renaissance et où la Connaissance repose en son ombre, serait purement fortuit. Quant à la demi-lune posée sur la chasseresse de l’aube, René Guénon en rappelle le sens, dans Symbolisme de la Science Sacrée (chapitre III – Rapprochements Maçonnique et Hermétiques) : « En effet, la Lune est à la fois Janua Cœli et Janua Inferni, Diane et Hécate1 ; les anciens le savaient fort bien, et Dante ne pouvait pas s’y tromper non plus, ni accorder aux profanes un séjour céleste, fût-il le plus inférieur de tous. [1] Ces deux aspects correspondent aussi aux deux portes solsticiales ; il y aurait beaucoup à dire sur ce symbolisme, que les anciens Latins avaient résumé dans la figure de Janus. – Il y aurait, d’autre part, quelques distinctions à faire entre les Enfers, les Limbes, et les « ténèbres extérieures » dont il est question dans l’Évangile ; mais cela nous entraînerait trop loin, et ne changerait d’ailleurs rien à ce que nous disons ici, où il s’agit seulement de séparer, d’une façon générale, le monde profane de la hiérarchie initiatique. »

Les Rose-Croix, dans leur manifeste Fama Fraternitatis en 1614, prônaient la réformation universelle de l’Église et des États, afin de les assujettir à une Superreligion ésotérique comprenant aussi l’ensemble des connaissances humaines.

Avec Francis Bacon (1561-1626) dans « La Nouvelle Atlantide » apparait le Temple de Salomon, le prototype idéal de la franc-maçonnerie. Résumons, sur une île il y a une République exemplaire – une Communauté des Nations –, avec la « maison de la science », concept inspiré de l’ismaélisme des Fatimides 9. Et… cette Maison s’appelle « Maison et/ou Temple de Salomon », et les habitants de l’île s’appellent « les insulaires de Ben-Salem » – ça alors !
Voilà comment le Temple de Salomon est arrivé en Angleterre, où quelques « invisibles », des Rose-Croix, y ont ajouté certains mystères… Les fondateurs de la franc-maçonnerie ont réussi à faire oublier la Nouvelle Alliance, et ils ont ressuscité l’Ancienne Alliance, quoique sérieusement défigurée par la Kabbale gnostique. Depuis le Christ a dit : « Tout est accompli ! » l’ancien Pacte est mort, il vit dans le Nouveau. Il est mort ostensiblement, depuis, le voile du Temple se déchira du haut en bas. Donc le Temple de Salomon est également mort depuis 2000 ans – mis à part sa destruction qui date d’avant. Je peux encore faire remarquer que la Bible en franc-maçonnerie est appelée le Volume de la Loi Sacrée. Mais là encore, la Loi est le propre de l’Ancien Testament, comme il est écrit : « la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » 10. En laissant de côté l’appellation saugrenue « volume », on voit clairement que les fondateurs préféraient la Loi à la Grâce et à la Vérité du Christ. D’ailleurs, l’ère maçonnique, pour dater son « Année de la Vraie Lumière », commence 4000 ans avant le Christ, Qui n’est pas donc la Vraie Lumière !
Pourquoi 4000 ans avant ? Parce que selon la chronologie biblique les constructeurs construisaient la Tour de Babel !

Qui étaient les fondateurs ?

Au début du 17ème siècle, les réunions publiques étaient interdites en Angleterre, d’où l’astuce de se faire « accepter » (d’où le terme de « maçons acceptés »). « À la faveur des révolutions d’Angleterre, Rose-Croix, savants et nobles avaient été nombreux à pénétrer dans les loges de la Maçonnerie opérative, afin d’y bénéficier du droit de réunion, dont seuls jouissaient alors les corps de métiers. Le même phénomène s’était produit en Écosse.

La première référence connue au mot « maçonnique » figure dans un poème Rose-Croix publié à Édimbourg en 1638 :

« Ce que nous présageons n’est pas à négliger,

Car nous sommes frères de la rose-croix,

Nous avons le mot « maçonnique » et la seconde vue

Et nous pouvons prédire à l’avance les choses à venir. » 11

Le Temple de Salomon trouva une place centrale au sein de la Royal Society fondée en 1660, dont, parmi les membres se trouvait le pasteur anglican Desaguliers, cofondateur de la franc-maçonnerie moderne avec le pasteur calviniste Anderson. Ils étaient les fondateurs « visibles », mais derrière ou au-dessus d’eux il y avait des « invisibles », comparables aux « Supérieurs Inconnus » et aussi comparables aux « Mahatmas » de la Société Théosophique ; dans ces trois cas il y avait le même mode opératoire…

Il existe un pamphlet maçonnique, daté de 1676, qui contient cette déclaration : « Nous avertissons que la cabale moderne au ruban vert, avec l’ancienne fraternité de la rose-croix, les adeptes hermétiques et la compagnie des maçons acceptés se proposent de dîner ensemble le 31 novembre prochain ». Vient ensuite la description d’un menu comique, et ceux qui pensent venir sont priés d’apporter des lunettes, « car autrement lesdites sociétés rendront (comme d’habitude) leur apparence invisible » 12).

Être invisible, c’est le « Larvatos prodeo », la devise du Serpent : je m’avance masqué.

La Fama Fraternitatis de 1614 relate les voyages vers l’Est de Christian Rosenkreutz, « dont il est revenu avec un nouveau type de « Magie et de Kabbale, qu’il a incorporé dans sa propre attitude chrétienne » – on peut se faire une idée de l’épidémie. C’est confirmé 13, cette nouvelle Kabbale est celle d’Isaac Louria, sur laquelle je reviendrai parce qu’elle est au cœur-même de la franc-maçonnerie.

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Tour de Babel, Arche de Noé et marches conduisant à l’Astre Argenté, un bon résumé des Old Charges

Nommé Grand-Maître de la Grande Loge de Londres en 1719, Desaguliers rechercha les « Old Charges » (les anciens devoirs évoqués plus haut) des guildes médiévales, à partir desquelles il conçut les règlements généraux de l’Ordre, dont il confia la rédaction à son larbin Anderson, connues sous le nom des « Constitutions d’Anderson ». À cette époque il y eut l’incendie des archives de la Loge de Saint-Paul. Cela peut arriver, mais ici, ce qui était compromettant avait brûlé, et ce qui n’avait pas brûlé n’existait pas auparavant. Les historiens sont d’accord, et même Guénon était d’accord, mais… pour d’autres raisons. Il confirmait l’incendie intentionnel : « les novateurs eux-mêmes, qui précisément n’avaient rassemblés ces anciens documents que pour les faire disparaître après en avoir utilisé ce qui leur convenait, afin qu’on ne pût faire la preuve des changements qu’ils y avaient introduits. » 14. Guénon en profite pour faire croire et admettre que le degré de maître avait toujours existé. Polémiste comme il était, il répondait à un historien qui niait ce fait : « mais sans doute ne peut-on pas exiger d’un pur historien une trop grande compétence pour tout ce qui touche directement au rituel et au symbolisme. » 15. Avec Guénon il ne faut pas se laisser intimider et surtout tout vérifier ! Le raisonnement de Guénon voulait que les trois degrés correspondent à la constitution tripartite de l’être : corps, âme et esprit (Âtmâ, l’« Étincelle divine »).

Déjà Aristote avait démontré que l’être est composé d’un corps et d’une âme, et cela d’une manière indivisible (individuum, individu). En 1312 l’Église avait condamné formellement le tripartisme gnostique, esprit, âme et corps, à cause de l’influence croissante de la pensée néo-aristotélicienne d’Averroès. Quand l’Écriture parle de l’âme et de l’esprit c’est toujours de l’âme qu’il s’agit. Par rapport au corps on l’appelle âme, par rapport à Dieu on l’appelle esprit ou raison.

Lors de sa fondation, la franc-maçonnerie ne connaissait donc pas le degré de Maître, ce qui n’est pas étonnant parce que ce degré, comme nous l’avons vu, n’existait pas dans les corporations. Pas d’apparition de grade de maître avant 1723 selon des historiens, comme l’atteste aussi le Dictionnaire de la franc-maçonnerie de Ligou. Il a donc fallu « justifier » cette apparition. Il est amusant de voir comment la franc-maçonnerie s’y est prise. Créer un conflit, une fausse-opposition peut permettre d’atteindre un but dissimulé. C’est avec la querelle entre les « Anciens » irlandais et les « Modernes » londoniens qu’ils ont pu « justifier » le degré de maître. Les Anciens prétendaient pratiquer la vraie maçonnerie. Leur porte-parole Laurence Dermott se moquait d’eux en disant qu’ils ne connaissaient que deux grades ! Mais qui était Dermott ?

En 1756 Dermott a introduit de nouveaux textes irlandais, Ahiman Rezon. Ce n’est pas du latin mais de l’hébreux, d’où les prières hébraïques ou plus précisément talmudiques16. Il raconte que 4 hommes lui sont apparus la nuit. Ils venaient de Jérusalem, ils parlaient anglais, mais il ne sait pas d’où il venaient. Ils s’appelaient : Shallum, Ahiman, Akkub et Talmon….Toute l’histoire biblique y est, sauf le Christ. Mais il y a aussi des éloges du Coran ! Il cite des gens connus, Virgile, Socrate… et dit qu’ils descendaient tous de parents modestes, comme les tailleurs des pierres. L’origine « modeste » ou « simple » est l’argument préposé ici à faire accepter son sophisme. Et Dermott ajoute que « la franc-maçonnerie existe depuis la Création, quoique sous un autre nom ». C’est gagné, il a mis les maçons illuminés dans sa poche !

Qu’est-ce que la Gnose ?

L’hérésie gnostique a commencé dès les premiers temps du christianisme avec Simon le Magicien, qui « a toujours eu depuis ce temps-là sa suite funeste ». Cette hérésie est la seule à avoir été prédite dans l’Écriture avec ses caractères particuliers, elle constitue le vrai mystère d’iniquité » dont parle saint Paul et sera l’hérésie des derniers temps.

Je cite une belle définition d’Etienne Couvert :

« La Gnose (gnosticisme) est essentiellement une végétation religieuse parasitaire, se nourrissant du Christianisme pour en tirer un certain nombre d’éléments qu’elle va détourner de leur sens naturel pour leur donner une signification nouvelle totalement opposée à l’enseignement de l’Église. La Gnose est une secte d’initiés, prétendant avoir reçu une révélation plus parfaite que celle de Jésus, réservée à des esprits d’élite qui vont être détournés de l’enseignement ordinaire de l’Église et constituer comme un chancre rongeur à l’intérieur de la communauté chrétienne » 17).

La Tradition chrétienne a été accueillie oralement par les apôtres, par eux seuls ! Ils ont aussitôt prêché, et quelques décennies plus tard sont apparus les Évangiles et les Actes. Les apôtres, avec saint Pierre comme chef, avaient donc toute autorité, aussi sur l’Écriture, et c’est le Magister de l’Église qui perpétue cette tradition. Il n’y avait pas de dogmes ; ils sont venus plus tard, afin de définir par écrit la Foi contre les hérétiques, qui venaient souvent même de l’intérieur de l’Église.

Pas d’ésotérisme dans le christianisme, tout a été dévoilé comme l’a encore rappelé récemment le pape Benoit XVI à propos du Pseudo-Denys l’Aréopagite 18. C’est une falsification (la Gnose) calculée, par laquelle, en antidatant ses œuvres au 1er siècle, au temps de saint Paul, il voulait donner à sa production littéraire une autorité quasi apostolique, très influencé par les écrits néoplatoniciens de Proclus dont le but consistait dans une grande apologie polythéiste car les vraies forces étaient à l’œuvre dans le cosmos. En conséquence, le polythéisme devait être considéré comme plus vrai que le monothéisme, avec son unique Dieu créateur » et Denys « distinguait les voies destinées aux simples, ceux qui n’étaient pas en mesure de s’élever aux sommets de la vérité et pour qui certains rites pouvaient suffire, d’avec les voies destinées aux sages, qui devaient, eux, se purifier pour arriver à la pure lumière. » Benoit XVI conclut : On voit que cette pensée est profondément antichrétienne. » ! C’est donc officiel, il n’y a pas de christianisme ésotérique.

En quoi diffère la Gnose de l’enseignement de l’Église ?

Comme je l’avais déjà dit à propos de Guénon, les gnostiques sont des métaphysiciens monistes pour qui la manifestation émane du principe, impliquant une continuité entre l’un et l’autre. L’émanatisme aboutit inévitablement au panthéisme, concept qui s’oppose à la Création ex nihilo. Les Gnostiques sont depuis toujours confrontés au problème du bien et du mal ; difficulté qu’ils n’arrivent pas à résoudre. Cette difficulté découle de leur monisme métaphysique, puisque toute la manifestation émane entièrement du Principe, donc le mal aussi. La Bible, par contre, révèle qu’après l’achèvement de la Création, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et cela était très bon. » 19. Il n’y avait donc pas de mal ; le mal arrive après, par la faute de l’homme !

Voici un échantillonnage des pensées gnostiques des premiers siècles, dont la franc-maçonnerie a aussi hérité…

  • Saturnin avait une théorie selon laquelle le Dieu des juifs, le Yahweh de la Bible, n’est autre que le plus puissant des anges qui a maladroitement créé l’homme tel que nous le voyons, malheureux et ignorant ; et Jésus-Christ vient précisément combattre le Dieu des juifs et sauver l’homme en lui apportant l’étincelle divine que ses créateurs ne lui ont pas donnée.
  • Basilide a introduit le concept des trois mondes. Un monde hypercosmique ou divin, un monde intermédiaire ou supra-lunaire, et un monde sublunaire qui est celui de l’homme.
  • Carpocrate rejette le Dieu de Moise et la loi, et est adepte d’orgies. C’est du frankisme d’avant l’heure !
  • Valentin est un néoplatonicien incluant les doctrines de ses prédécesseurs, guidé par l’intuition intellectuelle, si chère à Guénon. Il a développé la théorie de la décade d’éons, des « principes éternelles ». Ce sont ces éons qui sont à l’origine des dix sephirot de la Kabbale, la Gnose juive.
  • Plotin, Porphyre, Jamblique : « À l’origine de Tout se trouve l’UN ou Monade ; puis vient l’intelligence ou dyade : enfin apparaît le démiurge ou triade. C’est le démiurge qui a formé le monde, comme le disent tous les gnostiques ».
  • Proclus qui voulait embrasser toutes les religions l’« Hiérophante Universel (l’unité transcendante) ». Il est à la fois syncrétiste, émanatiste, panthéiste et mystique, comme Porphyre et Jamblique.
  • Manès (ou Mani), le fondateur du funeste manichéisme, était gnostique de formation. Il enseignait que l’univers est l’ouvrage de deux principes opposés, l’un bon, l’autre mauvais, tous deux éternels et indépendants. Ce dualisme, renouvelé du mazdéisme de Zoroastre, n’est également que la radicalisation des thèmes gnostiques sur la maladresse du démiurge et la nocivité essentielle de la matière, et, en conséquence du corps humain, emprisonnant l’âme ; doctrine qu’on retrouve aussi chez les Cathares. C’est le mépris de la vie, le rejet de la Création !

En toute objectivité, on peut constater l’incompatibilité entre la Révélation et la Gnose. Aussi, l’une offre le Salut par la Foi, l’autre prétend pouvoir délivrer l’homme par la Science (de l’Arbre). Pour les gnostiques – ça va de soi –, le Salut ou la finalité de l’Église est infiniment inférieure à l’initiation ésotérique.

La polémique sur la conversion de René Guénon à l’Islam est vaine. Pour parler de conversion il eût fallut qu’il eut été réellement catholique. Les vernis changent, la main invisible demeure.

Gnose et Péché

Nier le péché, c’est nier la Rédemption, c’est aussi ôter la raison d’être de l’Église. Le catholicisme, fidèle à la première Révélation, enseigne l’hérédité du péché. C’est biblique, c’est la Thora pour les juifs. Mais leurs descendants, influencées par le Talmud et la Kabbale, considèrent maintenant que l’âme existe avant la naissance, et que la vie commence à la naissance sans péché originel.

La Gnose juive. Le Sepher Ha-Zohar : « Avec cet arbre (celui de la connaissance), Dieu créa le Monde ; mange donc de ce fruit et tu seras semblable à Dieu, connaissant le Bien et le Mal ; car c’est par cette connaissance que l’homme est Dieu. Mange donc et tu seras créateur des mondes. Dieu sait tout cela et c’est pourquoi il vous a défendu de manger de ce fruit, car Dieu est un Artisan [un Demiurge ! le Grand Architecte ?] et un Artisan déteste toujours jalousement [!] les compagnons qui exercent le même métier que lui ».

La Gnose rosicrucienne. La Tradition primordiale du rosicrucianisme implique obligatoirement la négation du Péché, parce que selon elle, cette Tradition est encore intégralement conservée dans le Centre Suprême, Agartha, Shambhala ou Grande Loge Blanche.

La Franc-Maçonnerie. Au 28ème degré du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), dénommé « Chevalier du Soleil ou Prince Adepte », les maçons sont censés être dans le jardin d’Éden, et le Maître représente Adam ! Accepter Adam, c’est nier le Péché, c’est implicitement nier la Rédemption ! C’est l’anathème pour un catholique, mais peu importe quand on est déjà excommunié du fait de l’appartenance à la franc-maçonnerie.

À propos de la Tradition primordiale rosicrucienne, je signale que selon la Révélation il y a deux Traditions ou plus précisément deux postérités issues du Péché. En réponse à la Tentation du serpent « Vous serez comme Dieu. » (Eritis sicut Dii), Dieu dit : « Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité, et c’est la postérité de la femme qui écrasera la tête du serpent. »20.

Ainsi il y a deux lignées, l’une qui a foi et attend l’accomplissement de la promesse, l’autre qui prétend pouvoir délivrer l’homme par la science (de l’Arbre). Ces deux traditions sont inconciliables, mais celle de la Science (de la Gnose des initiés) ne va pas se développer indépendamment de l’autre. Sa nature perfide consiste à détourner le sens de la Révélation en s’y mêlant sous un subterfuge, afin de la fausser, engendrant ainsi non seulement des déviations, mais aussi des contre-vérités. Ces deux Traditions ne sont même pas primordiales au sens strict du mot, parce que par le péché, l’homme a perdu, entre autres, la grâce et la science infuse (maintenant même l’homme intègre peut se tromper). De ce fait, il n’est donc même pas possible de parler d’une tradition adamique, puisqu’il n’y avait rien à transmettre, puisque tout avait été donné directement. Tout au plus peut-on admettre la transmission de la langue parlée, mais en aucun cas d’une transmission de l’amitié avec Dieu par la Grâce, qui a été perdue. Il a fallu attendre le Rédempteur afin de pouvoir prétendre à la Grâce.

La Franc-Maçonnerie vue par L’Église

La franc-maçonnerie a connu de multiples condamnations avec des rappels.

La première condamnation pontificale en 1738, par Clément XII, valable à perpétuité !

J’en ai compté 8, il se peut que j’en ai oublié. En 1751, 1821, 1825, 1829, 1832, 1846 et 1884.

Je cite seulement quelques extraits explicites.

En 1892 Léon XIII a redit : « Que l’on se rappelle que christianisme et franc-Maçonnerie sont essentiellement inconciliables, si bien que s’agréger à celle-ci, c’est divorcer de celui-là. »

En 1985 l’Osservatore romano fait un rappel purement doctrinal, au plan de la Foi et de ses exigences morales », dont j’extrais les points suivants :

  • Que le relativisme [à chacun sa vérité] caractérise fondamentalement la franc-Maçonnerie ; qu’il est renforcé par la pratique essentiellement symbolique et rituelle de cette dernière ;
  • Qu’il a pour conséquence d’entraîner le catholique franc-maçon à « vivre sa relation avec Dieu d’une façon double, c’est-à-dire en la partageant en deux modalités : une humanitaire, qui serait supra-confessionnelle et une, personnelle et intérieure, qui serait chrétienne » ; que « le climat de secret comporte […] le risque pour les inscrits de devenir les instruments d’une stratégie qu’ils ignorent » ;
  • Que la distinction entre initié et profane n’est pas tenable au sein de la communion chrétienne ;
  • Qu’enfin, puisque ces principes sont communs à l’ensemble de la franc-Maçonnerie, il n’y a pas lieu sur ces points de distinguer entre les obédiences « malgré la diversité qui peut subsister […] en particulier dans leur attitude déclarée envers l’Église » 21.

L’Église vue par la Franc-Maçonnerie

Au nom de la tolérance, la Maçonnerie s’est toujours défendue d’être anticatholique, cependant elle se dit antidogmatique, et seule l’Église catholique est dogmatique… La revue L’Acacia en 1908 : « Au lieu de la lutte par voie de législation répressive des privilèges … il nous faudra employer la propagande … Beaucoup de gens… considèrent encore certaines cérémonies du culte : mariage, baptême, première communion, enterrement, comme un rite social obligatoire… De cet accomplissement du rite peut résulter le maintien ou le retour à la croyance. C’est cela qu’il faut combattre… ». Et ce combat continue, écoutez par exemple le F.°. Vincent Peillon. La même revue en 1903 qualifiait fièrement « la franc-maçonnerie de « contre-Église ». On ne saurait être plus clair et concis !

Après la guerre, le F.°. Riandey, alors Grand Commandeur Suprême Conseil de France, exprimait le souhait que se réalise l’unité de la chrétienté, « il donnait un « assentiment sans réserve… à ces efforts vers l’œcuménisme chrétien », mais en ajoutant : « il importe toutefois que le lecteur sache que pour nous ces efforts ne représentent que des pas sur le chemin d’un œcuménisme plus large. » 22. L’œcuménisme plus large c’est le Noachisme !

Les rituels

Le Rite Écossais Ancien et Accepté est composé de 33 degrés. L’initiation au premier degré se fait par une descente aux enfers, suivi de trois purifications par l’eau, l’air et le feu, puis le récipiendaire reçoit la lumière. C’est au 3ème degré que le maçon s’identifie avec la lumière, le maître devient l’étoile flamboyante, que le compagnon au 2ème degré a seulement « vue ». J’ai déjà dit que le 3ème degré constitue la « moelle » du Système, et que Christian Rosenkreutz était revenu de ses voyages avec la nouvelle Kabbale de Louria, doctrine perpétuée par les Rose-Croix, les fondateurs « invisibles » de la franc-maçonnerie. Cela explique le caractère lourianique du 3ème degré, l’« élévation à la maîtrise »

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Cérémonie d’Elévation à la Maîtrise, souvent identifiée au meurtre d’Hiram ou au meurtre d’Oisiris par Seth.

Qui est Isaac Louria ? Il propose une relecture de la Genèse et de l’homme et de son rapport avec Dieu, et développe une doctrine de la rédemption, Tikkun Olam, la « réparation du monde ». Selon lui, Dieu suprême (Ein-Soph) se dédouble et se contracte en lui-même 23, devant une lumière enfermée dans des « vases » comme il dit, et laisse place à autre chose d’exister. C’est de l’émanatisme présenté d’une manière « nouvelle ». Donc il faut maintenant libérer Dieu ; c’est ainsi l’homme complète la manifestation inachevée ! Selon cette théorie « imaginale », la lumière primordiale est devenue prisonnière des qlippoth, des « écorces » ou des « coquilles ». Il faut briser les qlippoth afin que la lumière puisse se libérer. Ici naît la violence !

Par analogie, cette doctrine « illuminée » relative à l’être, le libère donc de tout, y compris des interdits de Dieu ! Cet antinomisme gnostique et radical a inspiré Sabbataï Tsevi et Jacob Frank qui poussent cette « logique » jusqu’à l’extrême avec l’anéantissement total de tout obstacle éventuel à la venue de leur Messiah. La mise en œuvre du Tikkun Olam occasionnera les guerres de destruction des peuples. Et tant mieux quand cela se passe dans la douleur, parce que c’est pour l’heureux accouchement de leur Messiah, l’Antéchrist pour les autres. Détruire pour construire, mourir pour renaître. De l’ordre renaît du chaos, c’est la devise même du Suprême Conseil : Ordo ab Chao !

La lumière primordiale est prisonnière.

Au plus profond, au plus bas de l’être réside l’« étincelle divine » en attente de sa libération. La « libération des étincelles divines » c’est le Tikkun du kabbaliste Isaac Louria.  Analogiquement, la Chambre du Milieu se trouve au centre de la terre où se déroule l’« élévation à la maîtrise ».

Quelle est cette lumière au centre de la terre ? C’est Lucifer : « Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant, fils de l’aurore ? Comment es-tu renversé par terre, toi, le destructeur des nations ? Tu disais dans ton cœur : Je monterai au ciel […], je serai semblable au Très-Haut ! Et te voilà descendu au sombre séjour, dans les profondeurs de l’abime ! » 24.

Un rite est constitué d’un ensemble de symboles mis en action, afin de transmettre le « secret » de la Maçonnerie à l’aspirant. À l’élévation à la Maîtrise, l’aspirant va « vivre » par identification avec Hiram, l’architecte assassiné, le drame de la « Chambre du Milieu ». Et c’est là où Lucifer engendre la « moelle » des maîtres maçons. On lui a donné un autre nom, évidemment. Ce drame se passe donc en « Chambre du Milieu », lieu uniquement éclairé de l’intérieur, et hors de laquelle ne règnent que les « ténèbres extérieures ».

L’identification avec Lucifer se fait par la ruse, parce qu’il s’appelle à présent Hiram. C’est même subtilement confirmé par Guénon : « Dante parcourut tous les cercles infernaux en vingt-quatre heures, et atteignit alors le centre de la Terre, qu’il traversa en contournant le corps de Lucifer. N’y aurait-il pas quelque rapport entre ce corps de Lucifer, placé au centre de la Terre, c’est-à-dire au centre même de la pesanteur, « symbolisant l’attrait inverse de la nature », et celui d’Hiram, placé de même au centre de la « Chambre du Milieu », et qu’il faut aussi franchir pour parvenir à la Maîtrise ? La connaissance de ce rapport mystérieux ne pourrait-elle pas aider à découvrir la véritable signification de la lettre G ? » 25.

C’est donc ce « rapport mystérieux » de Lucifer-Hiram, qui « pourrait aider à découvrir » la Gnose !
Le candidat à l’élévation à la maîtrise enjambe non seulement du « pied à la tête » le cadavre de Lucifer-Hiram (concrétisé par un maçon allongé par terre), mais ensuite c’est lui-même qui va prendre la place de Lucifer-Hiram, afin de subir le même sort. Allongé, le candidat s’identifie donc totalement à Lucifer-Hiram avec lequel il va être élevé à la maîtrise. C’est ici où intervient la violence, chère à Louria. Le candidat doit mourir afin de renaitre, et reçoit un coup de maillet sur le front qui, symboliquement, fracasse le crane pour que sa lumière intérieure se libère…

Subséquemment il est dit avec le relèvement du nouveau maître : « le maître est retrouvé, il reparaît plus radieux que jamais ! ». Plus radieux que jamais, parce que le maître est une nouvelle « Étoile flamboyante ». Cette doctrine continue avec les Hauts-Grades au 4ème degré, dénommé « Maître Secret », où les travaux commencent à l’« éclat du jour », au moment où l’astre de l’aurore, Lucifer, se lève. C’est l’« Aube dorée », the Golden Dawn…

Le Rite Écossais Rectifié

Il y a une maçonnerie qui revendique une doctrine chrétienne ésotérique – évidemment ! –; c’est le Rite Écossais Rectifié.

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« Périr pour Vivre », la devise du RER n’est-elle pas dans la droite ligne qu’Ordo Ab Chao ?

En Allemagne, au XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie templière de la « Stricte Observance » est dirigée en arrière-plan par les « Supérieurs Inconnus », des « invisibles, si l’on préfère. En 1782 la « Stricte Observance » se scinde en deux parties : l’une pour fonder le Rite Écossais Rectifié, l’autre pour rejoindre les Illuminés de Bavière. Or 1782 est également l’année de la création de l’Ordre des Frères d’Asie, essentiellement composé de sabbataïstes et de frankistes, et ils étaient tous Rose-Croix selon l’historien Jacob Katz. Cela ne doit pas être pris dans ce sens qu’ils n’existaient pas avant cette dissociation ; bien au contraire !

Le Rite Écossais Rectifié (RER) a été fondé en 1782 par Willermoz, et prétend être chrétien et antidogmatique… Willermoz pratiquait le magnétisme et était disciple de Martinez de Pasqually et de Louis-Claude de Saint-Martin. Martinez avait fondé en 1767 l’Ordre des Élus Coën. Il était de mère maranne et son savoir en kabbale il le tenait de Juifs et de Juifs récemment convertis au Catholicisme, qui avaient les rapports les plus étroits avec le cercle frankiste de Brno (Brünn). Louis-Claude de Saint-Martin est admis dans l’Ordre des Élus Coën, comme Willermoz qui deviendra son disciple. Gershom Scholem note que les pratiques théurgiques des Élus-Coëns « rappellent étrangement les opérations magiques du Baal-Schem de Londres, le célèbre Dr. Samuel Falk » 26.

Pour Saint-Martin comme pour ses maîtres, Dieu, avant le temps, produisit par émanation des êtres spirituels. Une partie de ces anges tomba dans le péché d’insubordination. Alors Dieu créa un univers pour circonscrire le mal ainsi introduit et pour servir de prison aux anges déchus. En même temps, il émana l’Homme primordial, l’Adam Qadmon, androgyne au corps glorieux, vice-roi de l’univers, pour servir de geôlier à ces démons, les amener à résipiscence… Et selon lui, tout homme est un Christ en puissance. Et voici un exemple éloquent du délire irrationnel de cet illuminé, Saint Martin dit : « Chaque homme depuis la venue du Christ, peut, dans le don qui lui est propre, aller plus loin que le Christ. J’ose dire que dans le genre qui m’est propre, celui du développement de l’intelligence, j’ai été plus loin que le Christ ». Voilà des mots blasphématoires du « maître » de Willermoz, le père de la « Maçonnerie chrétienne ».

J’espère ainsi avoir répondu à la question, et je dirai peu importe la pseudo-opposition interne, là où tout est imposture !

Karl VAN DER EYKEN


Articles de Karl Van der Eyken

Notes

1 – Guénon, cf. entre autres, Les états multiples de l’être, ch. XI « Principes de distinction entre les états d’être ».

21 – Guénon, Études sur l’hindouisme, compte-rendu de l’article, « On the One and Only Transmigrant »

3 – Cité par Léon de Poncins, Christianisme et Franc-Maçonnerie, p. 44.

4Cf. Mgr Delassus, La Conjuration antichrétienne ; voir aussi Alain Pascal, La Trahison des Inities.

5Cf. Civitas N° 28, juin 2008, d’après les travaux d’Henri Charlier.

6Cf. Wenzel Jamnitzer, Perspectiva Corporum Regularium, Nuremberg 1568.

7 – Guénon, Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée, « Les Portes solsticiales ».

8 –Guénon, Formes traditionnelles et cycles cosmiques, « La Kabbale juive ».

9 – Jean Lombard Cœurderoy, La Face cachée de l’histoire moderne.

10– Jn. 1, 17.

11 – Cité par Frances Yates, La Lumière des Rose-Croix, Éditions Retz 1978.

12Idem.

13 – « Christian Rosencreutz décrit, dans la Fama, des voyages vers l’Est, dont il est revenu avec un nouveau type de « magie et de cabale » qu’il a incorporé dans sa propre attitude chrétienne. » Frances A. Yates, Idem p. 259.

14 – C-R juillet 1936 Les Archives de Trans-en-Provence, ECfranc-maçonnerie 1.

15 – « Si l’auteur s’est montré plus clairvoyant que bien d’autres sur cette question de la falsification andersonienne, il est à regretter qu’il ne l’ait pas été autant en ce qui concerne l’origine du grade de Maître, qu’il croit, suivant l’opinion communément répandue, n’être qu’une introduite entre 1723 et 1738 ; mais sans doute ne peut-on pas exiger d’un pur historien une trop grande compétence pour tout ce qui touche directement au rituel et au symbolisme. » C-R livres sept. 1950, Efranc-maçonnerieC II

16Ahiman Rezon, p. 43-44 : « Qui a délivré l’enseignement ? Moïse l’a reçu de Dieu. Puis Aaron est arrivé et Moïse lui a délivré le sien ». Ceci est un passage du Talmud de Babylon (Eurvin 54b) et ce passage est cité dans une note explicative des prières (cf. Jacob Katz, Juifs et Francs-Maçons p. 33.

17 – Société Augustin Barruel N° 3, 1976, « La Gnose, Tumeur au sein de l’Église ». Repris dans De la Gnose à l’œcuménisme, Éd. de Chiré 1983. Article en PDF : http://www.a-c-r-f.com/aujourlejour/archives/2007/11/entry_11.html

18 – Le 14 mai 2008. Un pseudépigraphe, probablement d’origine sabéenne du VI° siècle. http://www.patristique.org/Benoit-XVI-Le-Pseudo-Denys-l.html

19 – Genèse, I, 31.

20Genèse, III, 3 et 15.

21 – À propos l’animosité à l’égard de l’Église, je recommande, entre autres, Mgr Delassus, La Conjuration Antichrétienne, Éd. Kontre Kulture ; Alain Pascal, La Trahison des Initiés, Éd. des Cimes 2013.

22 – Pierre Virion, Bientôt un Gouvernement mondial ? ESR 2012, p. 253.

23 – Doctrine qu’on retrouve chez Guénon. Cf. entre autres dans Le Symbolisme de la Croix, ch. XVII « L’ontologie du buisson d’ardent ».

24 – Isaïe, XIV, 12-13.

25La France Antimaçonnique, octobre 1913 ; « Un côté peu connu de l’Œuvre de Dante » ; Cf. L’Ésotérisme de Dante, ch. VIII, « Les cycles cosmiques ».

26 – Gershom Scholem (article sur Hirschfeld) p. 255. Les « opérations » de Samuel Falk sont décrites dans Adler, The Baal Shem of London, in Transactions of the Jewish Historical Society of England, t. V (1908).