Voici un article du site Lalibre.be qui revient sur les origines maçonniques de la Belgique.

Source : Lalibre.be

 

Article du site Lalibre.be :

En Belgique, les relations entre la politique et la franc-maçonnerie remontent à notre premier roi, Léopold I, maçon dans une loge régulière. Existe-t-il un agenda antireligieux des loges ?

La question de l’influence politique de la franc-maçonnerie en Belgique est vieille comme l’indépendance du pays. Depuis la désignation d’un roi luthérien initié en Angleterre dans une loge régulière jusqu’à la légalisation de l’euthanasie en passant par la constitution des majorités laïques, l’histoire politique belge est émaillée d’épisodes où le rôle avéré ou supposé des francs-maçons a été décelé et débattu.

Il est évident que le travail maçonnique peut, selon ceux qui le pratiquent, créer des liens qui dépassent les frontières des temples mais il est tout aussi clair que ces liens se heurtent par définition aux verrous traditionnels qui servent de garde-fou au système politique belge fait de pouvoirs et de contre-pouvoirs. Si les fameuses majorités laïques ont pu parfois se conclure grâce à des relations interpersonnelles nouées dans les loges, elles tiennent davantage à des enjeux politiques auxquels l’appartenance maçonnique est étrangère.

Ce débat semblait se tarir mais il a été relancé récemment par le Président du CD&V, Wouter Beke, qui voyait dans la volonté du PS, du MR et de l’Open-VLD d’inscrire le principe de laïcité dans la Constitution un « agenda antireligieux des loges, certains pour importuner les musulmans, d’autres pour harceler les nationalistes flamands ».

C’est donc la question de l’inscription de la laïcité dans la Constitution qui a relancé la suspicion d’alliances politiques qui seraient conclues dans le secret des temples. Pierre Klees, ancien sérénissime grand maître du Grand Orient de Belgique nuançait cette thèse dans les colonnes de « La Libre Belgique » qui estimait que « chaque franc-maçon a une position individuelle sur ces matières. Et ce, contrairement aux obédiences ou aux loges qui n’ont pas à se positionner. Il n’y a pas de consigne en maçonnerie. »

Conduite dictée ?

Que l’appartenance maçonnique façonne les idées d’un homme ou d’une femme politique semble l’évidence même, au même titre que toute autre forme d’affinité philosophique. Qu’elle puisse créer des convergences d’idées et de combats entre hommes et femmes politiques initiés l’est tout autant. Qu’elle leur dicte une conduite dans les assemblées ou exécutifs auxquels ils appartiennent n’a, par contre, jamais été démontré.

L’histoire prendrait d’ailleurs une direction inverse. La sécularisation de la société belge, la diminution globale de la pratique religieuse, la séparation actée entre l’Eglise catholique et l’Etat ainsi que le bilan législatif des majorités laïques sont autant de raisons qui poussent à penser que quelle que soit son influence réelle ou putative par le passé, la franc-maçonnerie n’aurait plus beaucoup de raisons objectives d’intervenir, en tant qu’institution, dans le débat politique.

Il est aussi probable que la reconnaissance officielle de la laïcité organisée et le financement idoine amplifie cette tendance. S’il n’y a pas de liens organiques entre l’Unie Vrijzinnige Verenigingen, le Centre d’action laïque et les obédiences belges adogmatiques, les convergences d’idées et de combats rendent encore moins indispensable l’intervention de ces dernières dans le débat public…

Publications sur le Net

Perte ou absence d’influence collective ne signifie cependant pas que la franc-maçonnerie reste muette. Que ce soit par l’intervention de dignitaires à titre officiel ou officieux ou par des communiqués officiels (le dernier en date concernait les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles), elle s’extériorise. L’Internet a également ouvert de nouveaux champs de communication. Après des débuts timides, les obédiences belges se sont dotées de sites internet dignes de ce nom. Certaines loges vont plus loin en publiant tout ou partie de leurs travaux sur le Net.

Malgré tout, l’extériorisation de la franc-maçonnerie se heurte à un principe fondamental : « Un maçon libre dans une loge libre ». Dans la maçonnerie adogmatique, la liberté de conscience et de pensée du maçon prime sur toute autre considération. Il ne pourrait être responsable ou contraint de défendre une position à laquelle il n’adhère pas. Ce principe relativise toutes les positions officielles prises par les obédiences et constitue un frein à leur intervention dans le débat public et ce bien plus que le secret ne pourrait le faire.

Pas pour se créer des réseaux

Enfin, le traitement médiatique et scientifique offre de la franc-maçonnerie la perspective d’une organisation collective structurée. C’est un pan important de la réalité, mais qui occulte le caractère essentiellement individuel de l’appartenance maçonnique. Les sites Internet du Grand Orient de Belgique et de la Fédération belge du droit humain, mettent d’ailleurs cette caractéristique largement en avant dans leur information aux profanes intéressés par l’initiation. Comme pour bien leur faire comprendre qu’on n’entre pas en maçonnerie pour se créer des réseaux ou pour s’impliquer dans une action collective qui dépasserait les débats et les discussions menés au sein des loges.

Cette dimension individuelle et non prosélyte est essentielle à prendre en considération pour comprendre la discrétion des maçons. Les frontières de la vie maçonnique étant nettement plus hermétiques que celles d’autres formes d’engagement, le maçon ne travaille pas de la même manière en dehors du temple qu’en son sein. Taire son appartenance ne revient pas à dissimuler des actions occultes, mais rappelle qu’une fois retourné dans le monde profane, le maçon œuvre seul et que plus généralement, l’ »aventure maçonnique » relève de l’expérience personnelle.