Le Coral était un lieu de vie fondé en 1977 par Claude Sigala et son épouse Marie à Aimargues dans le Gard. Le Coral accueille des personnes en difficulté (enfants, adolescents, adultes, personnes autistes ou souffrant d’un retard mental léger, psychotiques, cas sociaux, pré-délinquants). Ce foyer est fondé 9 ans après la révolution sexuelle de 68 et proposait à ses résidents une éducation alternative. En 1982 une sombre affaire de viol d’enfant éclate au sein du lieu de vie, on parlait même de l’implication de hautes personnalités. Nous verrons dans cet article que le terme « réseau » est employé à juste titre pour désigner ce dossier pédocriminel.

Il est aujourd’hui difficile d’avoir une véritable chronologie de cette affaire pédocriminelle, cette histoire, comme tant d’autres, a été étouffée et personne ne souhaite que ce dossier refasse surface, et pour cause, ce scandale des années 80 met en lumière l’implication des services sociaux dans le trafic d’enfant, des manœuvres politiques, l’implication des RG, plus tard de la DST… Mais quelle est donc cette affaire du Coral dans laquelle Jack Lang, le préfet Prouteau et le magistrat Jean-Pierre Rosenczveig sont cités ? Surtout, comment ces personnes finissent-elles dans une affaire d’abus sexuels sur mineurs et de meurtre ? Comme cité plus haut, Claude Sigala et son épouse marie fondèrent le Coral en 1977, un lieu de vie pour les enfants en difficulté qui étaient accompagnés par 10 éducateurs. Sigala était lui-même éducateur, tous étaient de la génération 68 et des initiés de la libération sexuelle du mouvement soixante-huitard. Les éducateurs étaient pour une éducation alternative, disaient être anti-conformistes.

claudesigalalivreEn septembre 1982, soit 5 ans après l’ouverture du lieu de vie, une femme qui habitait près du Coral recueille des enfants qui s’étaient enfuis. Ces derniers rapportent qu’ils sont les victimes de pratiques pédophiles. Les parents des enfants déposèrent une plainte dans une gendarmerie du Gard. Après une descente de la gendarmerie dans le lieu de vie, Claude Sigala, Alain Chiapello le psychiatre du Coral et Jean-Noël Bardy sont inculpés par le juge d’instruction Michel Salzmann. Parallèlement, Jean-Claude Krief, 21 ans, avait repéré le lieu de vie du Coral dans le magazine « Possible » et avait lu le livre de Claude Sigala intitulé « Visiblement, je vous aime ! » et intégra l’équipe éducative afin d’y faire un stage entre Noël 1981 et février 1982. A l’automne 1982 il se rend dans un commissariat de Paris et dénonce des pratiques pédophiles au sein du lieu de vie, ajoutant que les éducateurs avaient des liens très étroits avec un réseau pédocriminel. Quelques jours après ses dénonciations, Krief est arrêté pour une affaire d’escroquerie et falsification de chèques dans laquelle il a manqué aux obligations de son contrôle judiciaire, certains prétendent que c’est à cause de son arrestation qu’il déclarait être en possession d’éléments sur les pratiques pédocriminelles au sein du Coral. Un trafic de photo pédopornographique était organisé et Jean-Claude Krief rapportait que des personnalités visitaient régulièrement le lieu de vie afin d’y violer des mineurs.

Suite aux dénonciations de Krief, Gérard Durand, professeur de musique, René Shérer professeur à l’Université Paris VIII et Willy Marceau (un illustre inconnu sans profession) sont inculpés pour « incitation de mineurs à la débauche », l’écrivain Gabriel Matzneff n’est pas inculpé mais mis en cause. Jack Lang et Jean-Pierre Rosenczveig (ex président du tribunal des enfants de Bobigny) se retrouvèrent parmi d’autres personnalités sur la liste que fournit Jean-Claude Krief aux autorités : on parle d’une liste de 340 personnes. C’est ici que les choses se compliquent sérieusement, encore une fois, et je ne cesserai de le répéter, les RG sont de près ou de loin liés dans cette histoire car ils auraient utilisé le frère de Krief, Michel Krief, fondateur d’un mouvement appelé Les Apaches, marginalisés qui aurait été l’informateur d’une branche des services des renseignements généraux. Ce dernier se serait emballé après avoir découvert que son supérieur chez les RG possédait des clichés pédopornographiques mettant en scène de hautes personnalités, selon Jean-Claude Krief, son frère aurait essayé de se faire un peu d’argent en soumettant Jack Lang au chantage. Michel Krief est logiquement arrêté pour tentative de chantage, ce qui arriverait à toute personne qui tenterait de présenter ce genre de cliché. Nous savons que les RG utilisent des agents qui ne sont pas intégrés à leurs services, ce sont des indics, des fournisseurs d’information. L’un des buts des RG est d’infiltrer, soit par un de ses agents directs, soit par un indic, et de recueillir des informations (exemple l’affaire Mohamed Merah). Mais il n’est pas dit que les RG vous soutiendront si vous décidez de faire justice dans un monde ou la principale inquiétude n’est pas de faire justice, mais de conserver des intérêts. Car c’est bien là l’autre but des RG, protéger les intérêts de certains, surtout des politiciens. Ainsi, les quelques scandales pédocriminels qui éclatent sont toujours étouffés, la plupart du temps nous avons droit à des scandales d’ordre financiers.

A sa libération, Jean-Claude Krief tenta de vendre aux médias un dossier incriminant Jack Lang, Michel Foucault, Félix Guattari et le premier ministre Pierre Mauroy, mais tous étaient déjà aux ordres et rejetèrent le dossier, prétextant que c’était un faux. « Jack Lang s’est sorti d’affaire beaucoup plus compliquée que celle-ci » me disait l’avocat de M. Verdin à la fin de l’été 2013 en parlant du dossier de son client. Claude Sigala nia toutes les accusations de Krief et déclara que jean-Claude Krief était entré frauduleusement au Coral et qu’il était lui-même pédophile doublé d’un mythomane. Mais le lieu de vie du Coral abritait-il réellement des orgies pédophiles ? En 1979 un jeune homme est jugé et condamné pour le viol d »un enfant de 11 ans résidant au Coral, le problème étant que cet enfant fut retrouvé décédé, la tête noyée dans un seau d’eau et qu’aucun nom n’a été avancé pour désigner le meurtrier. Le jeune homme part trois ans en psychiatrie et réintègre le Coral en 1982. Il ne faut rien cacher, cela ne sert à rien de douter, des crimes sexuels contre des enfants ont bien été commis au sein du Coral, dont ce meurtre. En 1982 le frère de Jean-Claude, Michel Krief est retrouvé mort et l’enquête conclut un suicide. Jean-Claude quant à lui, rétracte une partie de ses accusations, celles visant des personnalités et quelques jours plus tard la gendarmerie déclare que les personnalités de cette affaire sont innocentes. Ceux qui racontent que tout n’était que manœuvre politique n’ont pas tort, Jack Lang et d’autres ont peut-être bien été les cibles d’une tentative de déstabilisation mais s’en sont sortis avec brio, aucune personnalité n’était présente pendant les audiences du procès en correctionnel de l’affaire du lieu de vie du Coral en 1986. Les condamnations de plusieurs membres de la communauté sont de trois ans de prison avec un ou deux ans de sursis. Claude Sigala est condamné à trois ans de prison, dont un avec sursis pour « attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de moins de 15 ans » Son épouse et le médecin psychiatre Alain Chiapello sont relaxés. Trois autres éducateurs du Coral font l’objet de condamnations à trois ans de prison, dont un avec sursis. Un autre animateur est condamné à dix-huit mois de prison ferme. Au total, sept des dix inculpés sont condamnés. Jean-Noël Bardy, éducateur du Coral, avouera des relations sexuelles avec un résident du lieu de vie, ajoutant que ces ébats faisaient partie d’une nouvelle sorte de thérapie…

Le ministre de la culture Jack Lang figure en effet parmi les mis en cause, tout comme le neveu du Président, Frédéric MITTERRAND. François MITTERRAND fait intervenir sa garde rapprochée comme le racontera en 1997 le capitaine Paul Barril, collègue du Commandant PROUTEAU : « Je me rappelle qu’on nous avait alerté pour stopper l’enquête sur le réseau pédophile « Coral » à cause des personnalités mises en cause. ». Une note retrouvée dans le dossier du Christian PROUTEAU atteste bien du suivi de Maître VERGES, avocat de Jean-Claude Krief :

 

« Septembre 1982. Conformément à vos instructions, j’ai fait effectuer les recherches destinées à vérifier les informations qui vous avaient été données sur l’avocat. Les marchés traités le sont effectivement par ce monsieur, et, comme vous le supposiez, le règlement doit se faire incessamment. Je précise effectivement : nous restons en contact sur cette affaire et, si elle doit se dérouler comme prévu, il y a de fortes chances pour que nous puissions aboutir. Sauf instructions nouvelles de votre part, nous poursuivons donc cette affaire jusqu’au bout. Le chef d’escadron Prouteau. »
Sur le Greffiernoir

Claude_SigalaEn 1982 les médias avouaient pourtant que Claude Sigala avait des relations avec de hautes personnalités. Les enfants du Coral étaient confiés au lieu de vie par la DDASS et d’autres structures de la protection de l’enfance. Jean-Pierre Rosenczveig, connaissance de Claude Sigala, avait, peu de temps auparavant, préparé à l’attention de Georgina Dufoix un dossier proposant la reconnaissance officielle par les DDASS du Coral et des autres lieux de vie du même type (affaire Emile Louis par exemple). En 1998 le groupe d’enquêteurs de Marcel Vervloesem, le Morkhoven, découvre le point de stockage et de diffusion de matériel pédopornographique à Zandvoort aux Pays-Bas. Dans les archives il retrouve un cliché que Jean-Claude Krief avait en sa possession et qu’il avait découvert en 1982 dans une valise pleine de photographies pédopornographiques au Coral. Sur ce cliché on peut voir un homme en train de tripoter un mineur, cet homme n’est autre que le magistrat Jean-Pierre Rosenczveig. Le petit garçons en question s’appelait Nordine. Evidemment le magistrat (aujourd’hui à la retraite après avoir été le président du tribunal des enfants de Bobigny) sera innocenté, cependant, un logiciel de reconnaissance faciale fournira une preuve dont personne ne veut entendre parler, surtout la justice, le juge Rosenczveig fut reconnu à 99,3% par le logiciel sur le cliché appelé « cliché numéro 9 ». Rosenczveig fut également cité dans un dossier qui concerne les Vosges. L’association Cheval pour tous (une association de réinsertion) était présidée par un pédocriminel nommé François Supéri. Voici un extrait de l’article de l’Express datant du 18 mars 1999 :

« Le directeur de Cheval pour tous – une association dont les méthodes musclées sont en soi discutables (voir L’Express n° 2466) – a été mis en examen et incarcéré le 11 mars pour viols, agressions sexuelles et mauvais traitements sur mineurs. « Des faits isolés ou répétés dans le temps, entre 1992 et 1997 », précise le procureur de Colmar, René Pech. Une dizaine d’anciens pensionnaires ont fait couler Superi, qui paraissait insubmersible: très médiatique, cet homme de 39 ans était soutenu par une trentaine de juges, qui lui confiaient les mineurs difficiles, et par une belle brochette de personnalités du monde politique, médical ou économique. Au conseil d’administration de Cheval pour tous figuraient, notamment, le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig, mais aussi deux anciens ministres, Xavier Emmanuelli et Claude Evin, ainsi que le PDG de Schneider, Henri Lachmann. Ces hommes importants voulaient-ils comprendre « comment fonctionne le social et pourquoi il ne marche pas avec ces gamins-là », comme l’écrit Superi dans son livre Ces enfants qu’il faut grandir (TF 1 Editions)? Pourquoi ont-ils résisté si longtemps aux rumeurs ?« 

Des éléments de l’affaire Kripten seront également découverts dans les archives de Zandvoort. Il y avait donc bien un trafic de photos pédopornographiques dans le lieu de vie du Coral, un réseau qui s’étendait à l’échelle européenne puisque les archives contenant des éléments sur l’affaire du lieu de vie se trouvaient aux Pays-Bas. Le préfet Prouteau, à l’époque commandant au GSPR, cache des dossiers sensibles dans son garage en 1995 suite au départ de Mitterrand. Ces dossiers découverts par la DST en 1997 concernaient les pratiques frauduleuses du président. Dans ces archives sont retrouvés des éléments sur l’affaire du Coral et Kripten ainsi que d’autres scandales comme les écoutes téléphoniques de l’Elysée. En 1998 le capitaine Paul Barril, subordonné du Commandant Prouteau, créateur de la cellule anti-terroriste de l’Elysée, déclare en audience publique le 29 avril 1997 : « Je me rappelle qu’on nous avait alerté pour stopper l’enquête sur le réseau pédophile « Coral » à cause des personnalités mises en cause ». Parmi ces personnalités présumées : Jack Lang, le ministre de la culture, mais aussi le neveu du président Mitterrand. Ce réseau Coral impliquait plus de 340 personnalités dans le monde politique, artistique, judiciaire et journalistique qui auraient abusé d’enfants handicapés et autistes. Coïncidence, le comité de soutien de Roman Polanski comprend plusieurs personnalités mises en cause dans le réseau Coral. En 2005 Prouteau sera condamné à 8 mois de prison avec sursis et une amende pour l’affaire des écoutes de l’Elysée. Sa fille est citée dans l’affaire pédocriminelle AMIDLISA.

Il fallait donc, pour cause de sécurité nationale, enterrer cette affaire du Coral car si l’on ouvre un dossier traitant un réseau pédocriminel on y trouve souvent (ou toujours) des connexions qui n’en finissent plus. Tracer ces réseaux et leurs connexions sur une carte du monde prouve que c’est une vaste organisation dont il est toujours difficile de parler car certains protagonistes ne se connaissent pas toujours d’un dossier à un autre. De plus, il faut ajouter que les réseaux utilisent toujours des gens qu’ils peuvent sacrifier sur l’autel de la justice, comme Sigala, Marceau ou encore Bardy pour l’affaire du Coral, Myriam Badaoui et Thierry Delay pour Outreau, les condamnés de l’affaire d’Angers, Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre, Léonid Kameneff… En ajoutant que dans ce genre de dossier des décès surviennent régulièrement. Les personnes décédées ont d’ailleurs bien souvent voire toujours des choses à dire, le gendarme Jambert, les 31 témoins du dossier « Dutroux bis », Michel Krief… L’affaire du Coral avait bien été enterrée car des personnalités étaient impliquées dans ce réseau pédocriminel, comme quoi la cause des enfants est loin d’être une priorité pour nos RG, nos politiciens, notre justice et nos médias.

Source : Wikipédia – Pedopolis – Greffiernoir